ADHESIFS BIO-INSPIRES

Colles des moules et des Geckos

Gérard Gomez

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1) Généralités :

Les organismes vivants ont développé des solutions étonnantes pour adhérer à des surfaces variées, souvent dans des conditions extrêmes (milieu marin, surfaces humides, parois verticales). Ces mécanismes naturels inspirent la conception de nouveaux adhésifs bio-inspirés, durables et respectueux de l’environnement, que la chimie organique cherche à reproduire.

            1-1) La colle des moules

Les moules sécrètent des fils de byssus, sortes de filaments solides qui leur permettent de s’ancrer aux rochers, même en présence d’eau salée agitée.

Cette adhésion repose sur des protéines riches en un acide aminé la tyrosine modifiée en DOPA (3,4-dihydroxyphénylalanine).

  

Tyrosine

DOPA

 

La DOPA contient un noyau catéchol (un cycle benzénique avec deux groupes hydroxyles voisins).

Ces fonctions catéchols peuvent établir :

- Des liaisons hydrogène fortes avec les surfaces minérales,

- Des coordinations avec des ions métalliques (ex. Fe³),

- Et surtout former des liaisons covalentes par oxydation en quinones, qui stabilisent l’adhésion.

Ces protéines sont ainsi capables d’adhérer sur des surfaces humides, un défi majeur pour les colles synthétiques classiques.

 

                        A) Liaison hydrogène forte avec les surfaces minérales :

 

La surface minérale est représentée par la silice et la dopa des protéines du byssus par le noyau catéchol dans les schémas ci-dessous ; les liaisons hydrogène figurent en pointillés.

« Catéchol donneur » signifie que c’est le catéchol qui fournit l’hydrogène partiellement positif de la liaison hydrogène, tandis que c’est le silanol de la silice qui fournit l’oxygène.

« Catéchol accepteur » signifie que c’est le catéchol qui fournit l’oxygène de la liaison hydrogène, tandis que c’est le silanol de la silice qui fournit l’hydrogène.

 

 

 

 

                        B) Liaisons covalentes par coordination avec des ions métalliques :

 

 

                                    B1) Coordination avec des ions métalliques :

 

 

 

 

                                    B2) Liaisons covalentes  par oxydation du noyau catéchol en quinones :

 

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            1-2) Le gecko et ses pattes collantes :

Contrairement aux moules qui utilisent des liaisons chimiques via le catéchol de la DOPA), le gecko colle grâce à un tout autre principe : les forces de Van der Waals.

Le gecko n’utilise donc aucune colle chimique mais exploite au maximum des interactions moléculaires faibles, rendues efficaces par une ingénierie naturelle à l’échelle nano.

·         Structure des pattes

- Les geckos ont des lamelles sous leurs doigts, recouvertes de millions de micro-poils (setae).

- Chaque seta se ramifie en centaines de nano-poils (spatules de quelques centaines de nm).

- Cela augmente énormément la surface de contact avec le support.

·         Nature de l’adhésion

- Les spatules n’émettent pas de colle, d’huile ou de sécrétion : c’est un phénomène sec.

- L’adhérence repose sur les forces de Van der Waals, c’est-à-dire les interactions électrostatiques transitoires entre les nuages électroniques du poil de kératine et ceux de la surface minérale ou organique.

- Ces forces sont faibles individuellement, mais leur multiplication par des millions de contacts produit une adhésion considérable (jusqu’à plusieurs centaines de Newton).

·         Caractéristiques remarquables

- Réversibilité : le gecko peut se décoller instantanément en modifiant l’angle de ses setae → contrôle mécanique, pas chimique.

- Universalité : ces forces fonctionnent sur verre, pierre, métal, bois, plastique → tant que la surface est sèche et propre.

- Pas de dépense chimique : pas de sécrétion, pas de réaction enzymatique.