MOLECULES
ORGANIQUES DANS L'ESPACE
Depuis
plusieurs décennies, astronomes et astrochimistes scrutent les nuages
interstellaires (accumulations de gaz et de poussières dans notre galaxie) à la
recherche de molécules organiques, les fondations de la chimie du vivant.
À ce
jour, plus de 300 molécules organiques ont été identifiées dans notre galaxie,
souvent dans des environnements extrêmes, très éloignés de la Terre.
Parmi
les molécules détectées récemment (au début du deuxième millénaire), on peut
citer :
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Le
cyanoallène |
Le
méthyltriacétylène |
Le
méthylcyanodiacétylène |
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CN-CH=C=CH2 |
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Toutes
trois ont été découvertes à environ 400 années-lumière, dans le TMC-1 (Taurus Molecular Cloud), une région riche en composés carbonés et
en proto-étoiles.
À 26
000 années-lumière, dans le Sagittarius B2(N), un gigantesque nuage moléculaire
proche du centre galactique, les chercheurs ont identifié :
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La
cyclopropénone |
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Le
butanenitrile |
Le
cétèneimine |
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Ces
molécules sont insaturées, souvent très réactives, et certaines sont
considérées comme prébiotiques, c’est-à-dire qu’elles pourraient jouer un rôle
dans l’apparition de la vie.
L’insaturation
est un paradoxe apparent ; pourquoi ces molécules, très réactives, ne
réagissent-elles pas immédiatement ?
Plusieurs
raisons :
·
Dans
l’espace les rencontres moléculaires sont rares (densité 102 à 106
particules par cm3).
·
Les
réactions bimoléculaires sont très lentes.
·
Dans
ces conditions même des espèces instables sur Terre peuvent survivre longtemps
dans l’espace.
·
Les
temps de demi-vie de certaines espèces peuvent aller jusqu’à des milliers
d’années.
Remarque : Notons que l’on
trouve également des molécules plus simples comme
H2, CO, H2O,
CH3OH, NH3, HCN, HC3N, Hydrocarbures
aromatiques ……..
Comment
se forment-elles
?
On
distingue trois grands mécanismes de formation :
·
Chimie
en phase gazeuse :
- Réactions ion-molécule
Ce mode est
fréquent car il n’y a pas besoin d’énergie d’activation à basse température
Exemple :
H3+ + CO -> HCO+ + H2
Remarque : H3+
est une molécule clé car très réactive, formée par ionisation de H2
par des rayons cosmiques.
- Réactions
neutre-neutre
Elles sont
plus rares car elles ont besoin d’énergie d’activation
Elles
peuvent se produire à la suite d’un échauffement local (onde de choc ou étoile
naissante)
·
Chimie
de surface :
Les grains de poussière
interstellaires jouent un rôle catalytique essentiel. Les différentes étapes de
telles réactions chimiques sont les suivantes :
- Accrétion : les atomes
et les molécules se déposent sur le grain (H,O,CO).
- Diffusion sur la
surface.
- Réactions entre
espèces adsorbées (souvent H et d’autres atomes ou molécules).
- Désorption : la
molécule est libérée dans le gaz.
Exemple :
l’exemple le plus typique est la formation de la molécule H2.
![]()
La désorption se fait
soit thermiquement (chauffage par une étoile), soit grâce aux UV, soit grâce à
la chaleur libérée par la réaction chimique.
·
Photodissociation
et recombinaison :
- Les rayons UV ou cosmiques dissocient les
molécules.
- Les fragments (radicaux, ions peuvent ensuite
se recombiner et former de nouvelles espèces.
Exemple :
![]()
Puis
![]()
Les
molécules complexes comme celles qui ont été citées plus haut se forment par
réactions successives sur les grains ou en phase gazeuse avec une accumulation
d’étapes de type
ü
Ajout
de radicaux
ü
Condensations
(C-C, C-N, etc.)
ü
Photoprocédés.
Des
molécules surprenantes
Certaines
découvertes ont marqué les esprits :

a été détecté dans
Sagittarius B2 à des températures proches du zéro absolu. Cette molécule est
souvent considérée comme un ose, mais ce n’est pas le cas, car les oses ont un
groupe carbonyle associé à au moins deux groupes hydroxyle.
Cette
molécule est intéressante en chimie prébiotique, car on montre que le phosphate
de glycolaldéhyde peut conduire, en présence de
méthanal à du ribose, un sucre parmi les plus simples découverts par exemple
autour de la comète C/2014 Q2.

Pourquoi
est-ce important
?
Ces
découvertes renforcent l’idée que les briques élémentaires de la vie sont
répandues dans l’univers. Elles soutiennent l’hypothèse de la panspermie
chimique, selon laquelle la vie pourrait avoir été semée sur Terre par des
comètes ou des astéroïdes riches en matière organique.
Elles
ouvrent aussi la voie à des recherches sur la vie extraterrestre, en
identifiant des environnements potentiellement habitables et en guidant les
missions spatiales comme James Webb ou OSIRIS-REx.
La météorite de Murchison

C’est
l'une des météorites les plus célèbres et les plus étudiées au monde, en raison
de sa richesse en composés organiques.
Vieille
de 4,6 milliards d’années, elle est aussi ancienne que le système solaire.
Fiche
d’identité
Son
contenu organique
·
Plus
de 70 acides aminés détectés, dont certains non présents naturellement sur
Terre.
·
Des
composés organiques complexes comme des hydrocarbures, des alcools, des acides
carboxyliques, des amines, etc.
·
En
2020, des chercheurs ont identifié des sucres (ribose) liés à l’ARN, renforçant
l’idée que des briques de la vie ont pu venir de l’espace.
·
Elle
contient des grains pré-solaires (c’est-à-dire plus vieux que le Soleil
lui-même), certains âgés de 7 milliards d’années.