SYNTHESE CHLOROPHYLLIENNE

Rudiments


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Gérard Gomez


Plan de l'étude

                1) Photosynthèse

                2) La phase claire de la photosynthèse

                               2-1) Photosystème I et photosystème II

                               2-2) Schéma synoptique des opérations de la phase claire

                3) La synthèse des glucides ; Le cycle de Calvin

                4) Les 3 photosynthèses 

5) Photosynthèse artificielle

 

Annexe 1  NADP+/NADPH - ATP/ADP

Annexe 2  Chloroplastes, thylakoïdes, stroma

Annexe 3  Caroténoïdes – Carotènes- xanthophylles

Annexe 4  Chlorophylle A, chlorophylle B, xantophylles

Annexe 5  Valeurs des potentiels rédox des couples intervenant dans la photosynthèse


            1) Photosynthèse

Les plantes vertes tirent l’énergie dont elles ont besoin pour vivre et se développer de la lumière du soleil et produisent des substances, à partir du dioxyde de carbone puisé dans l’air et à partir de l’eau, selon l’équation suivante :
ZUCKER1
C'est la synthèse chlorophyllienne encore appelée photosynthèse.

 

Parce que la formule brute de la plupart de ces substances, fait apparaître hydrogène et oxygène dans les mêmes proportions que dans l’eau K.Schmidt leur a donné en 1844 le nom d'hydrates de carbone. A cause de la saveur particulière de quelques unes on les a aussi appelées sucres ; on continue parfois à employer ce terme, mais on utilise plutôt aujourd'hui l'appellation glucides.

On peut distinguer deux phases dans la photosynthèse :

                        - La phase claire ou phase photochimique

C'est l'action de la lumière ; elle a lieu dans les thylakoïdes des chloroplastes (voir annexe 2). Les photons absorbés par la chlorophylle permettent l'oxydation de l'eau ainsi que la libération d'ATP et de NADPH qui vont donner respectivement l'énergie et un certain potentiel réducteur, nécessaires à la synthèse du glucose et autres molécules organiques lors de la phase obscure,.

                        - La phase obscure ou phase biochimique

Elle a lieu dans le stroma (fluide qui entoure les thylakoïdes) des chloroplastes chez les eucaryotes. Il s'agit de réactions biochimiques conduisant du CO2 aux molécules organiques (glucose, fructose, saccharose …)

Ce sont surtout les feuilles qui contiennent les chloroplastes et donc qui sont le siège de la photosynthèse, mais on peut en trouver aussi dans les tiges de certains végétaux.

Les glucides ainsi synthétisés sont ensuite répartis dans toute la plante.

           

            2) La phase claire de la photosynthèse

La phase claire correspond à des réactions photochimiques, permettant au travers de deux photosystèmes PS I et PS II, le transport d'électrons pour aboutir à la synthèse d'ATP et de NADPH.

                        2-1) Photosystème I et photosystème II

La phase claire a lieu grâce aux pigments contenus dans les membranes des thylakoïdes : chlorophylle A, chlorophylle B, xanthophylles notamment (voir annexe 4).

La chlorophylle A est le plus important de ces pigments ; unie à différentes protéines elle constitue deux complexes moléculaires P 680 et P 700  dont l'absorption optique a lieu respectivement à 680 nm et 700 nm. Ces zones d'absorption sont différentes des pics d'absorption de la chlorophylle A seule.

Les autres pigments (on dit qu'ils sont accessoires) absorbent la lumière à de plus faibles longueurs d'onde (photons d'énergie supérieure). Ils transmettent une partie de cette énergie aux molécules de chlorophylle A. De cette façon les pigments accessoires renforcent l'action de celle-ci.

On est en présence de deux antennes collectrices de photons.

L'énergie des photons est ensuite transmise de molécule en molécule, par résonance, jusqu'à un centre réactionnel qui contient une chlorophylle A particulière qui une fois excitée a la propriété de céder un électron à un accepteur qui est de ce fait réduit.

C'est là que l'énergie lumineuse est transformée en énergie chimique. L'électron se transmet de molécule en molécule au travers de molécules acceptrices d'électrons, jusqu'à un état stable.

Il existe deux centres réactionnels avec antennes collectrices d'énergie lumineuse appelés photosystèmes I et II (PS I et PS II).

Remarque :

La molécule de chlorophylle A excitée qui cède un électron à un accepteur, se charge positivement. Grâce à un donneur d'électrons elle récupère rapidement l'électron perdu et se régénère prête à recevoir de nouveau de l'énergie lumineuse de la part de l'antenne collectrice.

                        2-2) Schéma synoptique des opérations de la phase claire

Le PS II a comme donneur d'électrons, le complexe COE (Complexe d'oxydation de l'eau) et comme premier accepteur d'électrons la phéophytine a.

Le schéma simplifié ci-dessous correspond à un transfert acyclique d'électrons qui va de l'eau (donneur primaire d'électrons) au NADP+ (accepteur d'électrons et de protons) au travers des deux systèmes PS I et PS II.

C'est un schéma dit en "Z" qui correspond en abscisses aux différents couples rédox qui interviennent et en ordonnées aux valeurs des potentiels rédox de ces couples (voir annexe 5). Les flèches droites correspondent au trajet des électrons.

 

D'après "Principes de Biochimie" Horton et al. (1994)"

 

On a regroupé dans le tableau ci-dessous quelques caractéristiques des principales molécules ou des principaux complexes qui interviennent dans ce schéma en "Z" :

 

- Complexe d'oxydation de l'eau (COE)

Ce complexe est encore appelé complexe Z ou complexe tyrosine Z.

C'est en fait une paire d'acides aminés tyrosine/histidine résidu d'enzyme de ce complexe qui est le donneur primaire d'électrons du PS II.

C'est un complexe enzymatique contenant Mn et Ca de formule empirique :

Mn4CaOxCl1-2(HCO3)y

 

Il est étroitement associé à PS II.

L'équation d'oxydation de l'eau s'écrit :

EAUPHOT

Chaque électron cédé sert à régénérer une molécule de chlorophylle.

- Les phéophytines

Ce sont des molécules de chlorophylle sans l'atome central de magnésium.

On distingue comme pour les chlorophylles 2 phéophytines importantes :

A (ou α), B (ou β). C'est la A qui est la plus commune.

Ces molécules sont impliquées dans la photosynthèse au même titre que les chlorophylles correspondantes.

La phéophytine a est le premier accepteur d'électrons de la chaîne du PS II.

PHEOPHYTINE.gif

- La plastoquinone

Composé quinonique de structure proche de celle des ubiquinones, que l'on trouve dans les plastes des cellules végétales et qui participent à la fonction chlorophyllienne. C'est Kofler qui l'a décrite pour la première fois.

Elle se transforme réversiblement en plastohydroquinone par réduction (ou inversement par oxydation).

Elle permet le transfert d'électrons de la quinone B au complexe b6f et un transfert de protons du stroma au lumen.

Plastoquinone


 Plastoquinone                                  Plastohydroquinone

  

- La plastocyanine

C'est une métalloprotéine, petite protéine de 10 kDa contenant du cuivre qui transfère les électrons du complexe b6f au photosystème I.

- Cytochrome b6f

 

C'est une oxydoréductase qui catalyse la réaction :

Plastohydroquinone + 2 plastocyanines oxydées + 2 H+ =

Plastoquinone + 2 plastocyanines réduites + 2 H+

 

- La phylloquinone

C'est un accepteur d'électrons.

PHYLLOQUINONE

- Les centres [Fe-S]

Ce sont des groupements prosthétiques de très nombreuses protéines ; ils sont ici impliqués dans le transfert des électrons.

 

- La ferrédoxine

 Cest une protéine fer-soufre qui participe aussi au transfert d'électrons.Elle contient des clusters Fe2S2 composés de deux cations de fer et deux anions sulfure.

Elle intervient dans les réactions de photophosphorylation c'est-à-dire la formation d'ATP à partir d'ADP à laquelle participe une ATP synthase.

 

Remarque : Outre ce transfert acyclique d'électrons qui voit la mise en jeu des deux systèmes PS I et PS II et qui aboutit à la formation d'ATP et de NADPH, il existe un transfert cyclique d'électrons qui n'intéresse que le système PS I et qui aboutit à la formation d'ATP seulement.

 

            3) La synthèse des glucides ; Le cycle de Calvin

Le cycle de Calvin correspond à une série de réactions biochimiques indépendantes de la lumière (phase obscure), qui utilisent l'énergie chimique de l'ATP et du NADPH (voir annexe 1) formés dans la phase claire précédemment décrite, pour transformer le CO2 en glucose et autres molécules organiques utilisées par l'organisme.

Ce cycle comprend 3 étapes

CALVIN13

 

 

 

 

RUBP

Ribulose bisphosphate

 

 

APG

Acide phosphoglycérique

 

 

ATP

Adenosine triphosphate

 

 

NADPH

Nicotinamide Adénine – Dinucléotide Phosphate

 

 

 

D'après Etapes  du  cycle de Calvin Université Pierre et Marie Curie (Paris – Jussieu)

 

Etape 1

Incorporation du CO2 qui, en réagissant avec le RUBP, donne 2 molécules d'APG sous forme de glycérate.

 

CALVIN1.gif

 

Remarque : Le Rubisco pour Ribulose-1,5-bisphosphate carboxylase/oxygénase est un enzyme, très abondant sur Terre, permettant la fixation du CO2 sur le RUBP, première étape du cycle de Calvin de la photosynthèse. Il intervient également dans la respiration (fonction oxygénase) des végétaux.

 

Etape 2

Réduction de l'APG en trioses-phosphate

Elle consiste en une transformation de l'APG en glucide par réduction de la fonction acide en fonction aldéhyde

 

CALVINDEUX.gif

Etape 3

Il y a régénération du RUBP à partir des trioses phosphate par les réactions suivantes

            - Réaction 1

CALVIN0

            - Réaction 2

 

CALVIN32.gif

            - Réaction 3

CALVIN33

            - Réaction 4

CALVIN34

 

            - Réaction 5

CALVIN35

            - Réaction 6

CALVIN36.gif

            - Réaction 7

CALVIN37.gif

            - Réaction 8

CALVIN38.gif

 

            - Réaction 9

CALVIN9.gif

Le Ribulose 1,5-bisphosphate correspond au RUBP.

 

Lors de cette 3ème phase du cycle de Calvin on peut remarquer en observant le devenir des glucides au cours des transformations, qu'à partir de 5 molécules de trioses (5xC3) on obtient 3 molécules de pentoses (3xC5)

CALVIN00

D'après Ressources numériques en biologie rnbio.sorbonne-universite.fr

A la lumière des équations ci-dessus, on peut réécrire le cycle de Calvin plus complet et plus quantitatif :

 

CALVIN12

 

 

 

 

RUBP      Ribulose bisphosphate

APG        Acide phosphoglycérique ou phosphoglycérate

1,3-BPG  1,3-bisphosphoglycérate

 

 

E.Jaspard 2005

 

Globalement, les 36 atomes de carbone obtenus à la fin de la première étape (30 provenant des 6 molécules de RUBP et 6 de 6 molécules de CO2) se maintiennent dans le cycle jusqu'à la 3ème étape ; la régénération du RUBP ne nécessitant que 30 atomes de carbone, les 6 restants vont donner les glucides présents dans l'équation bilan générale de la photosynthèse à partir des 6 molécules de CO2.

            4) Les 3 photosynthèses :

Il existe trois types principaux de photosynthèse chez les plantes, qui sont la photosynthèse C3, C4, et CAM.

Ces différents types de photosynthèse correspondent à des mécanismes d'assimilation du carbone légèrement différents, adaptés à diverses conditions environnementales.

4-1) Photosynthèse C3

La photosynthèse C3 est le type le plus courant, se produisant chez la majorité des plantes (environ 85 % des espèces). Elle tire son nom du fait que le premier produit stable formé au cours de la fixation du carbone est une molécule à trois carbones, le 3-phosphoglycérate (3-APG).

- Mécanisme: Lors de la photosynthèse C3, le dioxyde de carbone (CO
) est fixé par l'enzyme RuBisCO (Ribulose-1,5-bisphosphate carboxylase/oxygénase) pour former le 3-APG dans le cycle de Calvin. Ce processus se déroule entièrement dans les cellules du mésophylle des feuilles.

- Conditions : La photosynthèse C3 est des plus efficaces dans des conditions de faible intensité lumineuse, de températures modérées, et de niveaux élevés de CO
. Cependant, elle est moins efficace en conditions de forte luminosité, de sécheresse, ou de températures élevées, car la RuBisCO a tendance à fixer l'oxygène plutôt que le CO, entraînant dans un processus appelé photorespiration, une perte d'efficacité.

4-2) Photosynthèse C4

La photosynthèse C4 est une adaptation trouvée chez certaines plantes, principalement des graminées comme le maïs et la canne à sucre, qui vivent dans des environnements chauds et secs. Ce type de photosynthèse est plus efficace que la C3 dans ces conditions.
- Mécanisme : Le mécanisme C4 commence dans les cellules du mésophylle des feuilles. Le CO
atmosphérique est d'abord fixé par une enzyme appelée phosphoénolpyruvate carboxylase (PEPC), qui a une plus grande affinité pour le CO que Rubisco et n'interagit pas avec l'oxygène.

1.     Le CO est fixé au phosphoénolpyruvate (PEP), une molécule à trois carbones, pour former un composé à quatre carbones, l'oxaloacétate.



2.     L'oxaloacétate est rapidement converti en malate ou en aspartate, selon les espèces de plantes. Ce composé à quatre carbones est ensuite transporté vers les cellules de la gaine périvasculaire, où se déroule la seconde phase de la photosynthèse.

3.     Une fois dans les cellules de la gaine périvasculaire, le malate (ou aspartate) est décarboxylé pour libérer du CO. Ce processus augmente localement la concentration de CO, ce qui réduit considérablement la probabilité de photorespiration

 

4.    Le CO libéré est ensuite fixé par l'enzyme Rubisco dans le cycle de Calvin, où il est utilisé pour produire des sucres.

5.    Après la décarboxylation, il reste une molécule à trois carbones, le pyruvate. Ce pyruvate retourne dans les cellules du mésophylle, où il est phosphorylé pour reformer le phosphoénolpyruvate (PEP), utilisant l'énergie sous forme d'ATP pour permettre une nouvelle fixation du CO.

6.    Le cycle recommence avec la fixation du CO au PEP par la PEPC, ce qui permet aux plantes C4 de maintenir un flux continu de CO vers le cycle de Calvin, même lorsque les stomates sont partiellement fermés pour limiter la perte d'eau.

- Conditions : La photosynthèse C4 est avantageuse dans les environnements chauds, ensoleillés, et souvent secs. Elle permet aux plantes d'utiliser l'eau et le CO
plus efficacement que les plantes C3.

4-3) Photosynthèse CAM (Crassulacean Acid Metabolism)

La photosynthèse CAM est un mécanisme adapté aux environnements arides, présent chez les plantes succulentes comme les cactus et certaines plantes épiphytes.

- Mécanisme : Dans la photosynthèse CAM, la fixation du CO
est séparée dans le temps. La nuit, les stomates des plantes CAM s'ouvrent pour absorber le CO, qui est fixé par l'enzyme PEP carboxylase en un acide organique, généralement le malate, qui est stocké dans les vacuoles des cellules. Le jour, les stomates se ferment pour conserver l'eau, et le malate est converti en CO, utilisé ensuite dans le cycle de Calvin.

- Conditions : Ce type de photosynthèse est particulièrement avantageux dans les environnements très arides, où la conservation de l'eau est essentielle. Les plantes CAM peuvent ainsi continuer à fixer le CO
tout en minimisant la perte d'eau.


4-4) En résumé

 

- Photosynthèse C3 : Fixation directe du CO par la RuBisCO, efficace dans des conditions tempérées.
- Photosynthèse C4 : Fixation du CO
par la PEP carboxylase et concentration du CO, minimisant la photorespiration, efficace dans des environnements chauds et ensoleillés.
- Photosynthèse CAM : Fixation du CO
la nuit et séparation temporelle du cycle de Calvin, adapté aux environnements arides pour économiser l'eau.

Ces adaptations permettent aux plantes de survivre et de prospérer dans une grande variété d'environnements, en optimisant la photosynthèse selon les conditions locales.

 

5) Photosynthèse artificielle

Reproduire ce que la nature fait de façon simple, en apparence, est un chemin de recherche sur lequel de nombreux scientifiques se sont engagés.

Il s'agit d'utiliser de l'énergie lumineuse pour déclencher des processus conduisant à l'oxydation de l'eau ce qui permet grâce aux électrons produits de réduire CO2 et d'aboutir à des molécules organiques qui par exemple serviront de carburant ou plus simplement à du dihydrogène.

De nombreuses voies ont été et sont explorées, au début en utilisant des métaux plus ou moins rares et précieux ; la tendance actuelle étant d'éviter ceux-ci.

On donne ci-dessous deux exemples.

Les progrès sont lents car la voie est difficile.

                        5-1) Une piste

Les processus mis en jeu pour produire les glucides sont, nous venons de le voir, nombreux et complexes ; dans l'une des étapes importantes intervient un composé quinonique qui se trouve dans les plastes des cellules végétales, la plastoquinone. Elle se transforme réversiblement en plastohydroquinone par réduction (ou inversement par oxydation), comme cela a été vu plus haut.

Artificiellement, par analogie, on peut retrouver cette fonction grâce à un photosensibilisateur qui permet une photoaccumulation de charges par un complexe du ruthénium.

 

PHOTOSENSIBILISATEUR

 

PHOTOSENSIBILISATEUR2

 

                        5-2) Des travaux récents

Des travaux sur la photosynthèse artificielle primés par la Royal Society of Chemistry
Une équipe internationale de scientifiques a reçu le prix John Jeyes de la Royal Society of Chemistry pour un système produisant des carburants à partir d’eau, de dioxyde de carbone et de lumière solaire.

PHOTARTIF2.jpg

Schéma de principe du système de photosynthèse artificielle détaillé dans “Low-cost high-efficiency system for solar-driven conversion of CO2 to hydrocarbons” Tran Ngoc Huan et al,Proceedings of the National Academy of Sciences May 2019, 116 (20)"

 

Interview avec Martin Foldyna, chargé de recherche au CNRS rattaché au Laboratoire de physique des interfaces et couches minces.

 

"Avec vos collègues à travers le monde, vous avez développé un système de photosynthèse artificielle. De quoi s’agit-il ?"

Martin Foldyna : La photosynthèse est un processus qui permet aux plantes et à d’autres organismes vivants de convertir l’énergie solaire en énergie chimique. Par exemple, les plantes peuvent réduire le dioxyde de carbone (CO2) en sucre, qu’elles utilisent comme carburant. La photosynthèse artificielle cherche à imiter ce processus afin de fabriquer de l’hydrogène et des produits chimiques à haute valeur ajoutée, tels des hydrocarbures, à partir de CO2, d’eau et d’énergie solaire. Ces « carburants solaires » pourraient ensuite être utilisés et contribuer à une consommation énergétique plus soutenable. En elle-même, la photosynthèse artificielle n’est pas nouvelle, mais dans notre travail qui a été publié en 2019 dans la revue PNAS, nous avons réalisé un système efficace à bas coût.

"Comment fonctionne ce système ?"

Martin Foldyna : Notre machine comprend deux parties : un module photovoltaïque et un module électrochimique. En laboratoire, nous illuminons le module photovoltaïque par un éclairage semblable à la lumière solaire. Cette lumière est convertie en électricité, qui alimente en tension et en courant le module électrochimique, lequel est plongé dans de l’eau enrichie en CO2. Ce module est composé de deux électrodes en oxyde de cuivre, un matériau qui agit comme catalyseur pour les réactions chimiques. Ces réactions décomposent l’eau en oxygène et hydrogène. Mais elles produisent également des composants à base de carbone, comme l’éthane et l’éthylène. Résumé ainsi, cela semble facile. Cependant, la chimie en jeu n’est pas triviale. De plus, même si produire ainsi de l’hydrogène est relativement facile, le rendement global que nous avons obtenu pour les hydrocarbures atteint 2,3 %, ce qui est déjà un très bon résultat.

"Comment avez-vous travaillé ?"

Martin Foldyna : Il s’agit d’un vrai travail collaboratif. Le but consistait à faire un système à la fois efficace et peu onéreux, parce que ce dernier point essentiel pour envisager des applications pratiques. Nos collègues chimistes du Collège de France ont conçu un catalyseur original pour les deux électrodes : un oxyde de cuivre dont la structure à l’échelle microscopique est dendritique, c’est-à-dire ramifiée. Cela donne aux électrodes une grande surface, ce qui bénéficie aux réactions. De plus, le cuivre est un matériau plus abondant et moins cher que d’autres catalyseurs tel l’iridium. Les cellules photovoltaïques ont été fabriquées à l’Ecole polytechnique de Turin, en Italie. Elles sont constituées de pérovskite, une famille de matériaux dont les propriétés promettent beaucoup pour les applications solaires à bas coût. Au Laboratoire de physique des interfaces et couches minces (LPICM*), j’ai été impliqué dans l’intégration du système dans son ensemble : le faire fonctionner et mesurer ses performances sous un éclairage solaire calibré. En particulier, il fallait assembler plusieurs cellules pour réaliser le module photovoltaïque, ce qui était un défi car les perovskites sont fragiles et leurs performances varient au cours du temps. Au bout du compte, je pense que le fait d’avoir développé un système complet et d’avoir démontré ses performances en lumière solaire a été apprécié par le jury de la Royal Society of Chemistry.

"Le projet se poursuit-il ?"

Martin Foldyna : Oui, de mon côté, je continue de travailler avec certaines personnes de cette collaboration. Nous voudrions réaliser une « feuille artificielle », c’est-à-dire un système vraiment tout-en-un qui puisse être directement plongé dans l’eau, illuminé par la lumière solaire et qui collecte les carburants solaires produits sous forme gazeuse. Mais les perovskites résistent mal à l’eau. C’est pourquoi je travaille sur une alternative : des nanofils à base de silicium. La technologie qui sert à faire croître ces nanofils est semblable à celle utilisée pour les films minces, ce qui permettrait de réaliser des électrodes efficaces, avec une grande surface, et toujours à bas coût. Nous possédons une grande expertise sur cette technologie au LPICM et nous sommes en train de soumettre une publication montrant la production d’hydrogène par une telle feuille artificielle, sans aucune connexion externe.

Interview extraite du site https://www.polytechnique.edu/fr/content/des-travaux-sur-la-photosynthese-artificielle-primes-par-la-royal-society-chemistry du 7 juillet 2021.

 


Annexe 1

NADP+/NADPH

ATP/ADP

                - Coenzyme Nicotinamide – Adénine – Dinucléotide Phosphate (NADP+/NADPH)

 

NADP+

 

NADPPLUS.gif

 

NADPH

 

NADPH.gif

Il s'agit d'un couple d'oxydo-réduction NADP+/NADPH dont la forme oxydée est NADP+ et la forme réduite NADPH.

NADPH joue le rôle de réducteur dans les réactions anaboliques avec la transformation

 

NADOXRED2.gif

 

L'action de l'enzyme NADPH oxydase couplé à NADPH permet par exemple la synthèse d'un dérivé réactif de l'oxygène (DRO), l'anion superoxyde qui peut endommager les structures cellulaires.

 

                - ATP/ADP

ATP

 

C'est l'acide adénosine triphosphorique, en pratique l'adénosine triphosphate (ATP) qui joue un rôle fondamental pour les échanges d'énergie dans les cellules.

 

ATP3.gif

(Les liaisons ~ correspondent aux liaisons riches en énergie dans la molécule).

 

ADP

Adénosine Diphosphate

ADP

 

ATP/ADP

Passage de l'ATP en ADP et régénération de l'ATP

ADPATP


Annexe 2

Chloroplastes, thylakoïdes, stroma

Le cytoplasme d'une cellule chlorophyllienne, région située entre la membrane plasmique et le noyau (d'une cellule eucaryote) est constitué de 80% d'eau et de différentes substances dont les chloroplastes (plusieurs dizaines par cellule).

La taille des chloroplastes est de l'ordre du micromètre ; un chloroplaste est délimité du reste de la cellule par deux membranes constituant l'enveloppe et il contient  des thylakoïdes (du grec thylakos, sac et oides semblable), petits sacs empilés (l'empilement s'appelle un granum) dont la membrane est riche en pigments absorbant la lumière. Parmi ces pigments citons la chlorophylle, majoritaire, verte, mais aussi des caroténoïdes jaunes ou orangés.

Entre ces thylakoïdes un fluide aqueux, incolore, le stroma où se produit la phase obscure de la photosynthèse.

On appelle lumen des thylakoïdes, l'intérieur de ceux-ci.

CHLOROPLASTE2.gif

Remarque :

Par souci de clarté d'autres structures présentes dans le stroma des chloroplastes comme l'amidon, des structures lipidiques, de l'ADN, de l'ARN, des ribosomes n'ont pas été représentés.


Annexe 3

Caroténoïdes – Carotènes- xanthophylles

 

                - Caroténoïdes

Ce sont des pigments constitués d'une longue chaîne d'hydrocarbures polyènes ou de leurs dérivés oxygénés.

Le groupe chromophore est fait de doubles liaisons C=C conjuguées. La majorité des caroténoïdes a huit résidus isoprène, donc 40 atomes de carbones ; on peut aussi les rattacher aux tétraterpénoïdes.

Parmi eux on peut distinguer les carotènes qui sont les hydrocarbures, et les xanthophylles qui sont les dérivés oxygénés.

                               - Carotènes

On peut les diviser en deux groupes, les alicycliques α, β, γ carotènes et les aliphatiques par exemple le lycopène ou le ζ-carotène.

               

                                               - Carotènes alicycliques

ACAROTENE

 

L' α-carotène

Ce pigment jaune orangé constitue environ 15% des hydrocarbures des carottes.

 ALPHACAROTENE.gif

Le β-carotène

Pigment jaune-orangé.
Il constitue environ 85% des hydrocarbures des carottes (6,6mg/100g).

GCAROTENE

 

Le γ-carotène

Pigment jaune orangé constituant environ 0,1% des hydrocarbures des carottes

Il ne possède qu'un cycle à une extrémité de la chaîne.

Toutes ces molécules ont comme formule C40H56 ; ce sont des isomères.

Seuls les carotènes α et β apparaissent dans les feuilles vertes.

 

                                    - Carotènes aliphatiques

LYCOPENE

Le Y,Y-carotène ou trans-lycopène

Comme les carotènes alicycliques il a comme formule C40H56 mais sa structure est linéaire.

Il donne à la tomate sa couleur rouge. On le trouve aussi dans l'abricot, l'orange...

 

ZETACAROTENE

 

Le ζ-carotène

Sa structure se rapproche de celle du lycopène mais avec 4 hydrogènes supplémentaires (C40H60).

 

                        - Xanthophylles

Ce sont des pigments jaunes ou jaunes-orangés constitués par des dérivés oxygénés de carotènes.

Outre la lutéine citée dans le texte, on donnera l'exemple de la Zéaxanthine.

 

ZEAXANTHINE2

La zéaxanthine

On la trouve dans le maïs d'où son nom.

Sa molécule est voisine de celle du β-carotène ou deux groupes hydroxyles remplacent deux hydrogènes.

C'est une molécule voisine et à action comparable à celle de la lutéine dans l'organisme humain notamment au niveau de l'oeil.
Elle ne diffère de la lutéine que par la position de la double liaison dans un des cycles de la molécule.
De ce fait, la lutéine a trois carbones asymétriques, alors que la zéaxanthine n'en a que deux.
On en trouve aussi dans les algues vertes et rouges.

 

 


Annexe 4

Chlorophylle A, chlorophylle B, xanthophylles

 

                - Chlorophylles A et B

Les chlorophylles constituent les pigments verts majoritaires.

Ce sont essentiellement les chlorophylles A et B qui absorbent la lumière à 426 nm (bleu) et 660 nm (rouge) pour la chlorophylle A et à 461 nm et 645 nm pour la chlorophylle B.

Leur structure correspond à un noyau tétrapyrrolique contenant un atome de magnésium.

 

Structures des chlorophylles A et B

Courbes d'absorption optique des chlorophylles

Chlorophylle A : X = CH3

Chlorophylle B : X = CHO

 

 

 

MGII2.gif

ABSCHLOROPHYLLA

 

 

                - Xanthophylles

Les Xanthophylles (du grec xanthon = jaune et phullon = feuille) sont des pigments jaunes ou orangés, dérivés oxygénés des carotènes (voir annexe 3).

On peut citer la lutéine

LUTEINE2

un pigment orangé présent dans de nombreux légumes à feuilles vertes (brocolis, chou vert, épinards, petits pois, endives crues....).

Les xanthophylles sont masqués par la chlorophylle dans les feuilles vertes.


Annexe 5

valeurs des potentiels rédox des couples intervenant dans la photosynthèse

 

Couples rédox

E'0 (V)

O2/H2O

+0,82

P680/P680*

+0,9

P680*/ P680

-0,8

Phéophytine (Red/Ox)

-0,6

PQA-PQB (Red/Ox)

-0,2

PQres(Red/Ox)

0

b6f(Red/Ox)

-0,2 et +0,2

P700/P700*

+0,4

P700*/P700

-1,3

A0 (Red/Ox)

-1,0

Fd (Red/Ox)

-0,42

NADP+/NADPH

-0,32