« NEZ » ARTIFICIEL - PRINCIPE


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Plan de l’étude

                1) Concept de « nez » artificiel 

                2) Les différentes étapes 

                3) Différents types de capteurs 

                        3-1) Polymères conducteurs (capteurs résistifs)

                               3-2) Capteurs optiques

                               3-3) Les capteurs acoustiques 

                               3-4) Les capteurs MOS

                                    3-4-1) Principe de fonctionnement 

                                               3-4-2) Les réactions rédox à haute température

                                               3-4-3) Avantages et limites

                4) Domaines d’application

                5) Performances actuelles

                Annexe 1

                               Matériau matriciel stable

                               Matrice hôte pour des sondes optiques


            1) Concept de « nez » artificiel :

Le nez artificiel, ou nez électronique, est un système bio-inspiré conçu pour imiter la capacité olfactive du nez humain ou animal, c’est-à-dire sa faculté à détecter, identifier et parfois quantifier des odeurs.

Son objectif est de reproduire artificiellement la perception olfactive en utilisant des capteurs chimiques et des algorithmes intelligents.

·         Le nez biologique utilise des milliers de récepteurs olfactifs spécialisés qui envoient au cerveau les signaux qu’ils ont générés au contact des molécules odorantes. Le cerveau traite l’ensemble des signaux reçus et cela conduit à la perception consciente de l’odeur.

·         Le nez artificiel utilise un ensemble de capteurs chacun sensible à plusieurs molécules odorantes. Au contact de celles-ci, des réactions chimiques se produisent, générant des signaux électriques, reçus et analysés par un système d’intelligence artificielle.


            2) Les différentes étapes :

·         Capture de l’air : Un flux d’air contenant des composés organiques volatils (COV) est dirigé vers le capteur.

·         Interaction chimique : Les molécules odorantes interagissent avec un ensemble de capteurs.

·         Génération d’un signal : Ces interactions modifient les propriétés des capteurs (résistance, fréquence, masse…) ; ces modifications, combinées, produisent un signal global complexe propre à chaque odeur ; ce signal constitue l’empreinte de l’odeur.

·         Traitement du signal : Un logiciel (IA, apprentissage automatique) compare cette empreinte à une base de données d’odeurs connues.

·         Identification ou classification : Le système identifie l’odeur mais il peut également l’attribuer à une famille chimique, donner sa concentration ou évaluer l’état de la substance d’où émanent les odeurs analysées. (frais/périmé, sain/malade, etc.).


            3) Différents types de capteurs :

Il existe aujourd’hui encore peu de capteurs chimiques commerciaux, mais quelques-uns sont d’ores et déjà à l’état de prototypes reposant sur divers systèmes de transduction. Il est possible de les regrouper en quatre grandes classes : les capteurs résistifs, les capteurs optiques, les capteurs acoustiques et les capteurs MOS (semi-conducteurs métalliques).

                        3-1) Polymères conducteurs (capteurs résistifs)

Les polymères conducteurs sont des matériaux moléculaires susceptibles d'être incorporés dans des circuits intégrés, des fibres optiques ou encore des capteurs. Ces molécules sont capables de remplir les fonctions de résistances, de diodes, de transistors, d'interrupteurs….

Les capteurs qui sont utilisés dans les nez artificiels sont principalement à base de :

                                                                                                                                                                                

PEDOT (Poly(3,4-éthylènedioxythiophène))

 

Le PEDOT est un polymère conducteur largement utilisé en raison de sa stabilité et de ses propriétés électriques. Il est souvent utilisé en combinaison avec d'autres matériaux pour améliorer la sensibilité.

Avantages du PEDOT :

  • Faible coût
  • Flexible et facile à intégrer dans des dispositifs portables
  • Réponse rapide et réversible

·         Sensible à un large éventail de COV

Mécanisme de détection :

a) Interaction moléculaire

  • Les molécules odorantes interagissent avec le film PEDOT (par adsorption ou diffusion).
  • Ces interactions peuvent être :
    • Physiques (Van der Waals, polarité),
    • Chimiques (échange de charges, réactions redox légères).

b) Modification de la conductivité

  • Ces interactions modifient la structure électronique locale du polymère ou la mobilité des charges.
  • Résultat : une variation mesurable de la conductivité ou de la résistance électrique du film PEDOT.

c) Lecture du signal

  • La variation de résistance est captée par un circuit électronique.
  • Le signal est ensuite traité (souvent via apprentissage automatique) pour identifier ou caractériser l’odeur.

PEDOT:PSS Polyéthylène dioxythiophène-polystyrène sulfonate.

Principe : Cette forme de PEDOT est dopée avec du PSS (polystyrène sulfonate), ce qui lui permet d'être plus soluble dans l'eau et de maintenir sa conductivité à température ambiante.

 

Avantage : Bonne stabilité et très flexible, utilisé pour des capteurs à faible coût et haute sensibilité.

 

Mécanisme de détection 

Il fonctionne exactement sur le même mécanisme de détection que le PEDOT.

Il est souvent préféré au PEDOT car il possède

·         Une excellente stabilité environnementale

·         Une meilleure répétabilité des signaux

·         Il est compatible avec les techniques de dépôt à bas coût (spin-coating, injection jet d’encre).

PANi (Polyaniline)

Utilisé comme monomère, la molécule d'aniline conduit à la formation d'un polymère conjugué : la polyaniline ou PANi de structure générale

- Pour a = 1, le PANi est sous sa forme la plus réduite appelée leucoéméraldine base, notée LB .

 - Pour a = 0, le PANi est sous sa forme la plus oxydée appelée pernigraniline base, notée PB.

- Pour a = 0,5, le PANi est sous une forme appelée éméraldine base, notée EB.

Sous chacune des trois formes LB,PB,EB, la polyaniline est un isolant électrique. Ce qui en fait son intérêt, c'est qu'il peut être rendu conducteur par dopage.

La forme dopée et conductrice du PANi est obtenue par traitement de la forme EB (éméraldine base) par un acide fort, comme l'acide chlorhydrique, qui conduit à une protonation des sites imine suivi d'un réarrangement interne de la chaîne polymère pour une meilleure répartition des charges. Cette nouvelle forme du polyaniline, représentée ci-dessous est la seule conductrice. Elle est de couleur verte ; elle est appelée éméraldine selnotée ES, c'est un réseau polaronique.

PANIES

 

La polyaniline sous sa forme éméraldine sel (notée ES) est un polymère conducteur.

 Elle est sensible aux changements de l'environnement chimique, tels que les gaz ou les molécules odorantes.

Avantages

·         Haute sensibilité à de nombreux gaz (NH3, NO2, alcools, solvants).

·         Facile à synthétiser chimiquement ou électrochimiquement.

·         Fonctionne à température ambiante.

Mécanisme de détection 

Les molécules odorantes (souvent des amines, alcools, cétones, etc.) interagissent avec le film de PANI-ES.

Ces interactions peuvent être :

·         Acido-basiques (désorption ou adsorption de protons),

·         Redox (réduction ou oxydation de la chaîne polymère),

·         Dipôle-dipôle ou Van der Waals.

 

Effet sur la conductivité

Ces interactions modifient le degré de dopage de la polyaniline :

·         Certaines molécules retirent des protons (dé-dopage) → baisse de conductivité.

·         D'autres ajoutent des charges ou modifient la mobilité → changement de conductivité.

 

Résultat : variation mesurable de la résistance électrique.

 

PPy (Polypyrrole)

Le développement de la formule du polypyrrole peut s'écrire de deux façons

POLYPYRROLE2

Le polypyrrole est un polymère conducteur, quand il est dopé avec des anions (par exemple Cl-, tosylate …), utilisé dans des capteurs de gaz. Il peut être dopé avec différentes molécules pour ajuster ses propriétés conductrices.

Sensible à une large gamme de gaz, y compris les gaz toxiques et les molécules odorantes.

Mécanisme de détection

Les composés organiques volatils (COV) présents dans les odeurs entrent en contact avec le film de PPy.

Cela se fait généralement par adsorption à la surface ou diffusion dans la matrice polymère.

Les interactions possibles :

Physiques : Van der Waals, forces dipolaires.

Chimiques : réactions redox faibles, interactions acido-basiques.

Modification du dopage ou de la structure électronique

  • Ces interactions modifient la densité de porteurs de charge dans le polymère :
    • En modifiant le niveau d’oxydation,
    • Ou en perturbant la conduction électronique.
  • Le résultat est une variation mesurable de la conductivité (ou de la résistance).

 

P3HT (poly(3-hexylthiophène)

* Semi-conducteur organique : Il conduit l’électricité après dopage ou excitation.

* Polymère conjugué : Possède une alternance de liaisons simples et doubles → facilite le transport des charges.

* Bonne solubilité (grâce à la chaîne hexyle) : permet un traitement en solution (ex. : spin-coating).

* Absorption dans le visible : utile pour les applications optoélectroniques.

 

Mécanisme de détection

Lorsqu’il est utilisé dans des capteurs de nez artificiels, c’est sa propriété de semi-conducteur qui intervient. Le capteur est un capteur résistif.

Lorsqu’il est exposé à certaines molécules volatiles (COV, gaz, odeurs), son niveau de conductivité électrique change.

  • Le gaz cible (analyte) diffuse jusqu’au film de P3HT.
  • Il interagit avec le polymère (par dopage, dédopage, ou modulation de la structure moléculaire).
  • Cela modifie la mobilité des charges → donc la résistance électrique.
  • La variation de résistance est mesurée électriquement.

                       

Les composés organiques volatils (COV) détectés par les capteurs résistifs :

 

                        3-2) Capteurs optiques

 

Voici quelques polymères utilisés comme matériaux optiques dans les nez artificiels, où la détection repose sur des changements de fluorescence, d’absorption ou de couleur lorsqu'ils interagissent avec des composés organiques volatils (COV) ou des gaz.

 

Polyfluorènes (ex. : poly[9,9-dioctylfluorène])

ou

PFO,F8

Ce sont des polymères dont la fluorescence est dans le bleu et qui sont très utilisés comme matériaux électroluminescents.

On les désigne aussi par PF8 ou si n est petit :

- n=3 par 3F8

- n=5 par 5F8

Polymère à haut rendement photoluminescent.

Remarque :

Le fluorène correspond à la molécule suivante :

 

 

Les polyfluorènes sont des polymères qui, lorsqu’ils sont excités par une lumière UV/bleue, donnent une fluorescence intense (généralement dans le bleu).

La présence d'un analyte (substance que l’on cherche à détecter, identifier ou mesurer dans un échantillon), peut modifier cette fluorescence via divers mécanismes.

 

 

Avantage : Bonne stabilité thermique et optique, utilisés parfois pour des capteurs combinant détection de gaz et émission lumineuse.

 

Mécanismes de détection

Mécanismes possibles selon l’analyte :

1) Quenching (extinction de fluorescence)

  • Des molécules comme NO, O, certains ions métalliques (Fe³, Cu², etc.) peuvent réduire ou éteindre la fluorescence.
  • Mécanisme : transfert d’électrons ou transfert d’énergie entre l’analyte et le polymère.

2) Shifting (décalage spectral)

  • Le spectre de fluorescence peut se déplacer vers le rouge (bathochromie) si l’environnement du polyfluorène change (polarisabilité, pH, solvants, interactions π–π).

3) Aggregation-Induced Effects (effets d'agrégation)

  • L’analyte peut induire une agrégation des chaînes de polyfluorène, modifiant la conformation et la fluorescence (effet d'extinction ou de réémission rouge typique des états excimers).

4) Conformation/Planarisation

Certains analytes peuvent modifier la planarité de la chaîne conjuguée, ce qui affecte l’efficacité de la délocalisation électronique → modification de la fluorescence.

PPV (Poly(p-phénylène vinylène))

Propriétés du PPV :

    • Conduction par délocalisation des électrons π (polymère conjugué).
    • Luminescence : émission de lumière lorsqu’il est excité.
    • Stabilité chimique et thermique.

Solubilité contrôlée par la fonctionnalisation.

Le PPV est utilisé comme matériau sensible dans la couche active du capteur.

Il change ses propriétés optiques (absorbance, fluorescence) en présence de composés organiques volatils (COVs).

Avantages du PPV :

Réponse rapide.

Sensibilité élevée.

Facilité de traitement en couches minces (spin coating, dépôt en solution).

Possibilité de fonctionnalisation pour sélectionner certains gaz.

Mécanisme de détection

1) Principe général

  • Le capteur repose sur l’interaction entre les molécules de gaz et la matrice polymère.
  • Le PPV réagit en modifiant son émission de fluorescence ou son absorption selon le composé détecté.

2) Étapes du mécanisme optique

a)    Excitation lumineuse du polymère (ex : laser ou LED UV).

b)    En présence de COVs, les molécules interagissent avec les chaînes du PPV :

    • Perturbation de la conjugaison π.
    • Transfert de charge ou quenching (extinction de fluorescence).
    • Le capteur mesure une variation d’intensité lumineuse (fluorescence) ou une variation spectrale (décalage).

c)     Spécificité

Chaque COV produit un "empreinte" optique différente.

Un réseau de capteurs à base de PPV et d'autres polymères donne une signature multi-dimensionnelle pour l'identification.

PDA (polydiacétylènes)

 

Les polydiacétylènes sont des polymères notamment sensibles aux odeurs.

Avantages des PDA :

Ils peuvent être fonctionnalisés avec des groupements chimiques (acides aminés, lipides, têtes polaires...) pour reconnaître sélectivement des composés odorants.

Mécanisme de détection

L’interaction des PDA avec des molécules odorantes conduit à une perturbation de la structure du polymère :

·         Il peut y avoir une modification l’ordre supramoléculaire du PDA, induisant un réarrangement de la chaîne conjuguée.

·         Il peut y avoir un changement de conformation du polymère ;

la structure passe de planarité rigide à chaîne déformée.

 

Cela se traduit :

o    Soit par un changement de couleur (chromisme du bleu au rouge) .

o    Soit par une augmentation de la fluorescence.

PBI (Polybenzimidazole)

Le polybenzimidazole (PBI) est un polymère de haute performance, connu pour :

  • Sa stabilité thermique exceptionnelle (> 400 °C),
  • Sa résistance chimique élevée,
  • Ses propriétés mécaniques et sa durabilité,
  • Sa faible perméabilité aux gaz et aux solvants.

Grâce à ces caractéristiques, il est utilisé dans les environnements extrêmes (aéronautique, nucléaire), mais aussi dans des applications émergentes comme les capteurs chimiques, notamment les nez artificiels.

 

Avantages du PBI

- On peut modifier le PBI pour y fixer des groupes fonctionnels spécifiques (amines, acides, etc.) qui réagissent avec des composés volatils cibles.

Le PBI peut être utilisé sous forme de membrane dense, ou de couche mince en surface d’un capteur, jouant un rôle de « couche d’interaction chimique ».

- Stabilité dans le temps, même en présence d’humidité ou d e solvants agressifs.

Bien que le PBI soit d'abord connu pour sa robustesse thermique et chimique, il possède également des propriétés intéressantes pour l’optique :

Transparence : certains dérivés de PBI peuvent être synthétisés avec une bonne transparence dans l’UV-Visible, ce qui est favorable à la spectroscopie optique.

Fonctionnalisation : le PBI peut être modifié chimiquement pour introduire des groupes fluorescents, chromophores ou des centres de coordination qui réagissent à des composés spécifiques.

 - Matériau matriciel stable : il peut servir de matrice hôte pour des sondes optiques (colorants, nanoparticules métalliques, fluorophores) intégrées dans un film mince (voir annexe 1).


Les composés organiques volatils (COV) détectés par les capteurs optiques :

·         Formaldéhyde (par fluorescence ou spectroscopie UV)

·         Toluène

·         Benzène

·         Xylène

·         Acétone

·         Éthanol/méthanol

·         COV aromatiques (souvent via spectroscopie)

·         Composés soufrés (ex. : mercaptans)

                        3-3) Les capteurs acoustiques :

Les capteurs acoustiques reposent sur la détection de variations de propriétés mécaniques (masse, viscosité, élasticité) induites par l’adsorption de molécules sur une surface sensible.

Remarque : On les appelle « capteurs acoustiques » car ils utilisent des ondes mécaniques de vibration pour détecter la présence de molécules. Ces ondes ne sont pas sonores au sens habituel (audibles par l’oreille humaine), mais elles relèvent du domaine de l’acoustique au sens physique : propagation de vibrations à travers un milieu.

                                               3-3-1) Les principaux types de capteurs acoustiques

·         SAW : Onde acoustique de surface (Surface Acoustic Wave)

·         QCM : Microbalance à cristal de quartz (Quartz Crystal Microbalance)

·         FBAR : Résonateur acoustique en volume (Film Bulk Acoustic Resonator)

                                               3-3-2) Principe de fonctionnement de ces capteurs

o    SAW :

Ce capteur détecte les gaz en mesurant les variations de la vitesse des ondes acoustiques de surface sur un substrat piézoélectrique, causées par l’adsorption de molécules.

Le cœur du capteur SAW est un matériau piézoélectrique (souvent du quartz ou du niobate de lithium). Ce matériau à la propriété de générer des ondes mécaniques de surface lorsqu’il est soumis à une excitation électrique (c’est le phénomène de piézoélectricité). Des électrodes sont déposées sur ce substrat. Lorsqu’une tension alternative est appliquée sur ces électrodes, des ondes acoustiques (vibrations mécaniques) prennent naissance et se propagent à la surface du substrat. Celui-ci est recouvert d’un revêtement sensible (souvent un polymère) capable de capter et de fixer des molécules ciblées (COV ou gaz) ; l’adsorption de molécules modifie les propriétés physiques à la surface du substrat. Ces changements affectent la vitesse et/ou l’amplitude des ondes acoustiques. L’ensemble de ces variations au niveau de plusieurs capteurs permettent de définir l’empreinte de l’odeur dans le cas d’un « nez artificiel ».

 

o    QCM :

o    Le capteur QCM (Quartz Crystal Microbalance) mesure les changements de masse à la surface d’un cristal de quartz en observant les variations de sa fréquence de résonance lors de l’adsorption de gaz par un polymère placé à sa surface. Le principe est le même que celui du capteur SAW ; le cristal de quartz est placé entre deux électrodes ; lorsqu’on applique une tension alternative, le quartz vibre à une fréquence bien définie (fréquence de résonance). Le quartz est recouvert d’un revêtement sensible (souvent un polymère) capable de capter et de fixer des molécules ciblées (COV ou gaz) ; l’adsorption de molécules modifie la masse du polymère. L’augmentation de masse sur le quartz fait diminuer légèrement sa fréquence de résonance. Ce changement de fréquence est mesuré très précisément (jusqu’à quelques hertz sur des MHz). Il est proportionnel à la masse adsorbée. Plusieurs capteurs QCM sont utilisés, chacun avec une couche sensible différente, afin de répondre à des familles variées de molécules (comme un réseau olfactif).

 

o    FBAR : Lorsque des molécules odorantes se fixent sur une couche sensible, cela modifie la masse et donc la fréquence de résonance d’un cristal de quartz ; la variation est mesurable. Le fonctionnement est donc strictement le même que celui d’un capteur QCM. La différence est que le capteur FBAR fonctionne à des fréquences plus élevées (des GHz) que celles utilisées dans les capteurs QCM ce qui lui donne une meilleure sensibilité. Un inconvénient cependant par rapport au QCM, il est plus sensible aux variations thermiques ; de plus sa fabrication est un peu plus complexe.

                                               3-3-3) Les polymères qui équipent ces capteurs :

 

Polymères

Types de capteur

PDMS

ou

Diméthicone

ou

Polydiméthylsiloxane

 

 

Les groupements terminaux de la chaîne étant des triméthylsiloxyles :

C'est un polysiloxane structure de base des silicones (huiles et caoutchoucs).

SAW, QCM, FBAR

PEI

ou

Polyétherimide

 

C'est le poly(bisphénol A-co-anhydride phtalique –co- 1,3-phénylènediamine).

C'est un polymère thermoplastique amorphe résistant bien à la chaleur.

Sa mise en œuvre en fabrication additive nécessite de le chauffer à 180°C.

SAW, QCM

PVP

ou

Poly(vinylpyrrolidone)

ou

Povidone

 

Ce polymère est obtenu par addition de la N-vinylpyrrolidone

SAW, QCM

PMMA

Polyméthacrylate de méthyle

 

On obtient le PMMA par polymérisation radicalaire du méthacrylate de méthyle ou MMA.

On obtient facilement un produit très transparent.
C’est un verre organique (plexiglas) ; pour cette raison, on l’utilise en optique (verre de lunettes, lentilles de contact rigides, cristallins artificiels).

Le procédé de polymérisation a été découvert dès 1877 par les chimistes allemands Fittig et Paul. Un autre chimiste allemand Otto Röhm a breveté en 1993 la marque Plexiglas.

FBAR, QCM

PEMA

ou

Polyméthacrylate d’éthyle

Polymère hydrophobe aux propriétés voisines de celles du PMMA.

SAW

PS

ou

Polystyrène

Sa polymérisation, à partir du styrène :

Il se prête très bien au moulage ; on en fait de nombreux objets moulés, généralement blancs (pots de yaourt).

Il se prête bien à l’expansion, on obtient le polystyrène expansé, aux qualités isolantes (thermiques) remarquables (glacières portatives) et est très utilisé également pour la protection contre les chocs (emballage d’appareils fragiles).

QCM

PPy (Polypyrrole)

Le développement de la formule du polypyrrole peut s'écrire de deux façons

POLYPYRROLE2

Sensible à une large gamme de gaz, y compris les gaz toxiques et les molécules odorantes.

QCM

PEO

Poly(éthylène oxyde)

ou

Polyoxyéthylène (POE)

ou

polyéthylène glycol (PEG)

n petit PEG

n grand PEO ou POE

Il absorbe ou adsorbe les molécules cibles (ex : vapeur d’eau, éthanol, acétone, etc.), ce qui entraîne une modification de sa masse. Le cristal piézoélectrique à la surface duquel il a été placé voit sa fréquence de résonance diminuer. Cette variation est mesurable.

QCM

PI

ou

Polyimides

Les polyimides résultent de la polycondensation d'un dianhydride de tétracide avec une diamine.

En prenant l'acide benzène 1,2,4,5- tétracarboxylique

 

 

et la 4,4'-oxydianiline

 

OXYDIAMINE

 

on obtient :

 

POLYIMIDES

 

Ces matières plastiques ont la propriété de résister au frottement et à l’échauffement (400°C) pendant un temps très long.

Remarque :

La présence d'une fonction éther donne de la flexibilité, ce qui facilite la mise en œuvre .

En pratique, il s’agit de polyétherimides (PEI).

Applications: pièces d’amortisseur de wagons, supports des connexions de circuits électroniques (échauffement lors de soudures).

Le Kapton

 

est couramment utilisé en impression 3D car il adhère facilement aux polymères utilisés dans ce domaine.

FBAR

Nafion ®

Les monomères utilisés pour la synthèse de ce copolymère sont :
- le tétrafluoroéthylène CF2=CF2 (monomère du téflon)
- l'acide perfluoro-3,6-dioxa-4-méthyloct-7-ènesulfonique :

FBAR

Chitosane

Le chitosane est très peu répandu dans la nature. Il est obtenu par désacétylation de la chitine par hydrolyse en milieu basique (solution de soude à 40% environ) à chaud et pendant plusieurs heures. Malheureusement ce traitement conduit aussi à des ruptures des liaisons glycosidiques diminuant les longueurs des chaînes. 

FBAR

 

Les composés organiques volatils (COV) détectés par les capteurs acoustiques :

                        3-4) Les capteurs MOS

Les capteurs MOS sont des dispositifs utilisés principalement pour détecter des gaz dans l’air. Leur principe repose sur les propriétés électroniques des oxydes métalliques semi-conducteurs, tels que le dioxyde d’étain (SnO2), l’oxyde de zinc (ZnO) ou le dioxyde de titane (TiO2). Ils sont largement utilisés dans les détecteurs de gaz domestiques, industriels ou médicaux.

                                    3-4-1) Principe de fonctionnement :

Un capteur MOS se compose généralement :

·         D’un substrat chauffant.

·         D’une couche sensible en oxyde métallique (semi-conduteur de type n ou p).

·         Et d’électrodes de mesure.

Le capteur fonctionne en chauffant la couche sensible à une température élevée (souvent entre 200°C et 400°C. À cette température, des réactions d’oxydoréduction (rédox) ont lieu à la surface du matériau avec les gaz environnants.

                                    3-4-2) Les réactions rédox à haute température

            - En présence d’air (oxygène) :

L’oxygène de l’air est adsorbé sur la surface du semi-conducteur. Il capture des électrons du matériau et forme des espèces ioniques.

Le résultat est l’appauvrissement en électrons de la couche de surface → la conductivité diminue.

            - En présence de gaz réducteurs (CO, CH, H, etc.) :

Ces gaz réagissent avec les ions oxygène adsorbés. Cette réaction libère des électrons dans le semi-conducteur → la conductivité augmente.

            - Pour les gaz oxydants (NO, O, etc.) :

Ils peuvent capter directement des électrons du matériau, ce qui diminue encore la conductivité.

                                    3-4-3) Avantages et limites

Avantages :

Bon marché.

Sensibilité élevée.

Réponse rapide.

Inconvénients :

Manque de sélectivité (réagit à plusieurs gaz).

Dépend fortement de la température et de l’humidité.

Nécessite un chauffage constant.

            4) Domaines d’application

                        4-1) Médecine et santé

·         Détection précoce de maladies via l’haleine (cancers, diabète, infections)

·         Suivi de patients sous anesthésie ou en réanimation

                        4-2) Environnement

·         Surveillance de la pollution de l’air (COV, HS, NH…) :

·         Détection de fuites de gaz industriels

                        4-3) Agroalimentaire

·         Détection de contaminations microbiennes

·         Suivi des arômes pendant la production

                        4-4) Sécurité et défense

·         Détection d’explosifs, de drogues, ou d’agents chimiques

·         Surveillance en zones sensibles (aéroports, milieux militaires)

                        4-5) Domotique / Industrie

·         Nez artificiel embarqué dans des robots domestiques


            5) Performances actuelles

Ø  Sensibilité : ppm à ppb selon la technologie

Ø  Spécificité : dépend de l’IA utilisée et de la base de données des odeurs

Ø  Temps de réponse : Quelques secondes à quelques minutes

Ø  Taille : Format de poche à dispositifs industriels

Ø  Reproductibilité : moyenne à bonne

Ø  Limite : Sensibilité à l’humidité, saturation, besoin d'étalonnage


Annexe 1

            Matériau matriciel stable

Un « matériau matriciel » est un support dans lequel on peut incorporer d’autres substances actives, un peu comme une éponge qui contient un liquide.

Lorsqu’on dit que le PBI est une « matrice stable », cela signifie :

o    Qu’il est chimiquement inerte (ne réagit pas avec ce qu’on y incorpore),

o    Qu’il résiste à la chaleur, à l’humidité et à l’oxydation,

o    Et qu’il conserve ses propriétés mécaniques et structurales dans le temps.

            Matrice hôte pour des sondes optiques

Une « sonde optique » est une molécule ou une nanoparticule qui change de propriété optique (couleur, fluorescence, etc.) en présence d’une substance spécifique (gaz, composé organique volatil...).

Exemples :

o    Des colorants qui changent de couleur selon le pH, la polarité ou la présence d’amines ou cétones.

o    Des fluorophores (molécules fluorescentes) qui s’éteignent ou s’intensifient à cause d’une interaction chimique.

o    Des nanoparticules métalliques (comme l’or ou l’argent) qui ont des propriétés plasmoniques (liées aux vibrations électroniques induites par la lumière sur les métaux) modifiables par l’environnement chimique.

Le PBI, en tant que polymère solide, peut accueillir ces sondes dans sa structure, généralement sous forme de film mince.