VERNIS DES VIOLONS - STRADIVARIUS
Plan de l’étude
1) Généralités
2-1) Rôles du
vernis
2-2) Composition
des vernis de violon
2-2-1) Le ground
2-2-2) Composition générale d’un vernis
3-2) Les bois utilisés
3-3) Les vernis des Stradivarius
Annexe 1 Les ocres
Annexe 2 Terre
d’ombre
Annexe 3 Les parties du violon
Annexe 4 Alun
Annexe 5 La
propolis
Annexe 6 Gomme arabique
Annexe 7 Colle
animale diluée
Annexe 8 La
colophane
Annexe 9 Ambre
jaune
Annexe 10 Résine sandaraque
Annexe 11 Huile de lin
Annexe 12 Huile de noix
Annexe 13 Pigments et colorants
Annexe
14 Le
mastic
|
|
Les violons
Stradivarius, fabriqués par Antonio Stradivari au XVIIe et XVIIIe siècles
sont considérés comme des chefs-d'œuvre de lutherie. Leur son unique est
attribué non seulement à la qualité du bois et à l'artisanat, mais aussi aux
vernis qui les recouvrent. Comprendre la composition chimique des vernis est
essentiel pour mieux préserver ces instruments et tenter d'en reproduire les
qualités sonores. Tous les violons sont
vernis ; de nombreuses personnes pensent que ce traitement participe
exclusivement à la mise en valeur esthétique de l’instrument (couleur,
transparence, brillance). Deux autres raisons
interviennent en fait pour expliquer ce traitement du bois : ·
La protection contre les agressions extérieures et
notamment l’humidité. ·
Influence sur les propriétés acoustiques du violon
(vibrations du bois) : Un vernis trop épais
ou trop dur amortit les vibrations et diminue la qualité sonore. Un vernis fin et
souple permet une meilleure résonance du bois. Remarque : Le vernis n’est bien
sûr pas le seul facteur qui intervient dans le son rendu par
l’instrument : (voir annexe 3) o La nature et la
qualité du bois : L'épicéa, résineux que l'on trouve dans les massifs
alpins et en Europe de l'Est, est utilisé pour la fabrication de la barre et
la table d'harmonie, l'âme, les contre-éclisses, les tasseaux et les coins.
Sa capacité à transmettre les ondes sonores le font nommer "épicéa de
résonance". L'érable compose
la plus grande partie de la structure d'un violon : le fond, les éclisses, le
chevalet, le manche et la volute. Ce sont les érables ondés ou flammés qui
sont sélectionnés pour leurs qualités esthétiques et acoustiques. L’ébène
ou le palissandre (cordier, chevilles, bouton …) et pour
l’archet le bois de Pernambouc. o
La forme et l’épaisseur des différentes pièces et notamment le
chevalet, la table, les éclisses, les ouïes. o
Les cordes qui selon le type de son que l’on souhaite
obtenir peuvent être : En boyau de mouton En acier En fibres synthétiques (nylon, perlon ou
fibres composites). o
Les crins de l’archet Essentiellement en crin de cheval naturel (le plus souvent des
chevaux de Mongolie ou de Sibérie, car le crin est plus épais et plus
résistant. On appelle crins, en l’occurrence, les poils qui proviennent de la
queue plutôt que de la crinière car ils sont plus épais, plus résistants,
plus droits et plus longs). |
2-2) Composition
des vernis de violon
Avant le vernissage, un
enduit désigné par le mot anglais « ground » qui signifie «sol »
ou « fondation » est appliqué sur le bois ; on peut le traduire
par « fond » ou « couche de fond ».
Il a plusieurs rôles :
Ø il permet d’unifier la
surface,
Ø il permet d’éviter l’absorption
excessive du vernis par le bois,
Ø Il renforce et
stabilise le bois en comblant les pores.
Ø il contribue également
à la couleur et aux propriétés acoustiques de l’instrument.
En
général, le ground est appliqué très finement, en plusieurs
couches si nécessaire, puis poncé/lustré avant le vernissage à l’huile ou à
l’alcool.
La composition du
ground varie selon les écoles de lutherie (italienne, française, allemande…) et
les époques :
- Substances
minérales (charges) :
·
Silice (SiO2), (ex. silice colloïdale, poudre de
quartz)
·
Argile (kaolin) Al2Si2O5(OH)4
·
Poudre de pierre ponce ou pierre d’Italie (pierre
ponce broyée très finement, parfois jusqu’à la granulométrie du talc). La pierre
ponce est une roche volcanique poreuse, un mélange de minéraux avec une
prédominance de silice et de divers oxydes métalliques.
·
Craie (carbonate de calcium CaCO3 finement
broyé)
- Liants
·
Colle animale diluée (colle de peau, gélatine, colle de
poisson) (voir annexe 7).
·
Parfois un peu d’huile légèrement siccative est ajoutée (voir annexe 11).
- Ingrédients
facultatifs
·
Pigments ocre (voir annexe 1) ;
terre d’ombre (voir annexe 2), pour la teinte.
·
Alun (voir annexe 4) pour durcir la
préparation.
·
Produits naturels comme la propolis (voir annexe
5), ou la gomme arabique (voir annexe 6).
2-2-2)
Composition générale d’un vernis :
·
Résines naturelles : colophane (résine de pin) (voir annexe 8), ambre jaune (voir annexe 9),
sandaraque (voir annexe 10) …
·
Huiles siccatives : huile de lin (voir annexe
11), huile de noix (voir annexe 12)…
·
Pigments ou colorants : oxydes métalliques comme les
ocres, matières organiques (cochenille, racines de garance) ; ( voir annexe 13)
·
Solvants : térébenthine,
alcool.
3-1)
Antonio Stradivari (1644–1737)
est un luthier italien,
né à Crémone, une ville au nord de la péninsule, un centre très réputé pour la
lutherie aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il est devenu une légende vivante de son
art.
Il a fabriqué
environ 1 100 instruments, dont environ 600 existent encore
(violons, altos, violoncelles...). Itzhak Perlman et Anne-Sophie Mutter jouent
sur deux de ces instruments.
Un autre luthier
contemporain de Stradivari et travaillant lui aussi à Crémone a eu une
notoriété très voisine de celle du Maître, il s’agit de Guarneri del Gesù ; Niccolo
Paganini et Yehudi Menuhin ont eux
joué sur ses instruments.
Les Stradivarius sont
réputés pour leur sonorité exceptionnelle, leur précision artisanale
et leur longévité ; ils restent inégalés en termes de qualité
acoustique, de valeur historique et de prestige.
Leurs secrets fascinent
encore les scientifiques, musiciens et luthiers du monde entier.
Stradivari utilisait
des bois soigneusement sélectionnés pour leurs qualités acoustiques.
On pense que Stradivari
choisissait du bois ayant subi un vieillissement naturel et peut-être
même une altération climatique (petite ère glaciaire), ce qui aurait
modifié sa densité.
|
Élément
de l’instrument |
Type
de bois |
Rôle |
|
Table d’harmonie |
Épicéa (Picea abies) |
Léger, résonant |
|
Fond et éclisses |
Érable sycomore ondé |
Dense, solide,
esthétique |
|
Touche, chevilles |
Ébène |
Très dur, noir
profond |
|
Bloc intérieur |
Saule, peuplier |
Léger, structurel |
3-3) Les
vernis des Stradivarius
Le vernis de Stradivari
reste l’un des grands mystères de la lutherie.
Les analyses modernes
ont permis d’identifier plusieurs éléments :
Remarque :
Les méthodes
physico-chimiques d’analyse qui ont été utilisées pour l’authentification du
vernis sont les suivantes :
o
La spectroscopie infrarouge (IR)
Elle permet
d’identifier les composants organiques (résines, huiles) dans les couches de
vernis.
o
La spectrométrie de masse couplée à la chromatographie en
phase gazeuse(GC-MS)
Permet l’analyse des
molécules organiques volatiles ; utile pour distinguer les huiles
végétales et les additifs.
o
La microscopie électronique à balayage couplée à une
spectrométrie de rayons X à dispersion d’énergie (MEB + EDX)
Permet l’analyse des
couches de vernis à l’échelle microscopique ; détecte la présence d’éléments
minéraux (silice, fer, calcium).
o
La radiographie X et la dendrochronologie
La radiographie
X : révèle la structure interne des couches qui ont été appliquées sur le
bois.
La
dendrochronologie : étudie les cernes du bois pour dater précisément
l’arbre et localiser son origine.
o
L’analyse par résonance magnétique nucléaire (RMN)
Elle permet d’examiner
la structure chimique des vernis anciens.
Certaines de ces
techniques (IR,RX par exemple) sont non invasives,
c’est-à-dire qu’elles ne nécessitent pas de prélèvement lors de leur mise en
œuvre.
Annexe
1 Les ocres (du
grec ôchra, terre jaune)
On distingue :
x les ocres rouges naturels :
|
|
C’est de l’argile
pure colorée par l’hématite et agglomérée à des grains de sable (quartz). En France, on en
trouve en Bourgogne ou dans le Vaucluse (Roussillon). La présence d’eau et
d’autres oxydes métalliques (Manganèse, Aluminium) ou de silicates conduit à
toute une gamme de couleurs allant du jaune au rouge. |
X Les
ocres préparés :
Ils résultent de la
calcination de différentes terres à 950°C.
L’oxyde de fer
déshydraté résultant de cette calcination donne la couleur rouge au pigment
obtenu avec des variantes selon la nature et la quantité des autres oxydes
métalliques
présents.
Terre d’ombre
La terre d’ombre est
une terre naturelle, un silicate d’alumine et de fer contenant
souvent un peu de manganèse.
Sa couleur va
du brun chaud au brun verdâtre.
Elle comprend :
Il
existe deux types de terre d’ombre :
o
Terre d’ombre naturelle : teinte plus jaune-brun, brute,
non chauffée.
o
Terre d’ombre brûlée : teinte plus rouge/brun foncé, après
calcination à haute température.
En lutherie, la terre
d’ombre est ajoutée au ground pour :
o
Chauffer la couleur du bois.
o
Créer
une teinte dorée-brune, douce et naturelle.
o
Atténuer la brillance excessive du vernis.
Pourquoi
l’utiliser ?
o
Très
stable à la lumière la terre d’ombre ne se décolore pas facilement.
o
Elle
donne une teinte chaude et naturelle qui imite les vernis anciens
(notamment des écoles italiennes comme Crémone).
Participe à
la patine et à l’effet légèrement ambré des vernis classiques.

Alun
L’alun est le nom
donné à une famille de sels appelés sulfates doubles d’un
métal monovalent et d’un métal trivalent, le plus courant étant un sel de
potassium et d’aluminium.
Formule générale :
|
M⁺
M3+(SO42-)2 . 12 H2O |
Exemples :
·
Alun de potassium
C’est le plus courant :
KAl(SO4)2 .12 H2O
·
Alun d’ammonium
NH4Al(SO4)2 .12 H2O
·
Alun de sodium
KAl(SO4)2 .12 H2O
Ce sont des composés
ioniques, globalement solubles dans l’eau, mais leur solubilité varie suivant
la nature du cation monovalent ; à 20°C
11,5g/100g pour l’alun
de potassium,
14g/100g pour l’alun
d’ammonium,
52g/100g pour l’alun de
sodium.
Les aluns sont souvent
utilisés comme astringents, antiseptiques mais également pour le tannage des
cuirs fins ; il y a formation de complexes entre les ions Al3+issus
de l’alun et les groupes fonctionnels carboxyle (-COO-) des acides
aminés comme l’acide glutamique des fibres de collagène.
La propolis
La propolis est une
substance résineuse récoltée par les abeilles sur les bourgeons et l’écorce des
arbres, principalement les conifères et certains feuillus comme le peuplier.
Les abeilles mélangent cette résine avec leurs propres sécrétions salivaires et
de la cire pour former une matière qui joue un rôle clé dans la protection de
la ruche :
La composition de la
propolis varie en fonction de l’environnement et des plantes à disposition des
abeilles, mais elle contient généralement :
- Des
résines et des baumes (50-60 %) provenant des plantes.
- De la
cire (30 %), produite par les abeilles.
- Des
huiles essentielles (5-10 %), qui contribuent à son odeur particulière.
- Du
pollen (5 %).
- Des
composés phénoliques et flavonoïdes, connus pour leurs propriétés
antioxydantes.
Depuis l’Antiquité, la propolis est utilisée en médecine traditionnelle pour
ses vertus thérapeutiques :
Gomme arabique
C'est un exsudat
solidifié de la sève de l’Acacia senegal que l'on trouve au Soudan,
au Tchad, au Niger, au Sénégal, au Mali et en Mauritanie.
La gomme arabique,
poudre jaune clair ou légèrement ambrée, sans odeur, soluble dans l’eau et très
peu soluble dans l’éthanol est utilisée comme émulsifiant et comme support
d’arômes dans l’industrie agro-alimentaire sous le code E414 ; c’est un
polysaccharide dont la masse molaire est comprise entre 3.105 et
106 g.mol-1.
Les principaux éléments
le constituant sont :
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|
Le D-galactose |
Le L-arabinose |
Le L-rhamnose |
L'acide
D-glucuronique |
L'acide arabique entre
aussi dans sa composition :

En peinture d'art on
l'utilise essentiellement pour les gouaches et les aquarelles.
L'ensemble eau + gomme
arabique à concentration élevée servira de liant ; la gomme arabique facilitera
la dispersion des grains du pigment dans l'eau et maintiendra ces pigments en
suspension. Elle jouera le rôle de colle et fixera ces pigments sur le support.
Colle animale diluée (gélatine, colle de
peau, colle de poisson)
·
Gélatine : Une gélatine est un mélange de
protéines résultant de l'hydrolyse partielle du collagène, une protéine
présente principalement dans les tissus conjonctifs des animaux ; une
protéine structurale formée de trois chaînes α-polypeptidiques,
chacune constituée d'environ 1000 acides aminés, ce réseau étant maintenu par
des liaisons hydrogène latérales induites en particulier par les hydroxylysines
et les hydroxyprolines :
|
Hydroxylysine |
Hydroxyproline |
|
|
|
·
Colle de peau : il s'agit de gélatine préparée
à partir de peaux, d’os ou de cartilages d’animaux terrestres, principalement
de bovins ou de porcs.
·
Colle de poisson ; c’est une colle fabriquée à partir de
la vessie natatoire ou des tissus riches en collagène de certains poissons
(esturgeon).
La colophane
Acide abiétique ou acide sylvique (ou colophane : ce nom
vient d'une ville d'Asie mineure Colophon)
C’est un diterpène, le constituant le plus important
obtenu comme résidu non volatil du traitement de l'écorce déchiquetée des pins,
par la vapeur ou lors de la distillation des huiles essentielles de pin en vue
d'obtenir de l'essence de térébenthine.
Il se présente sous forme d'une résine transparente de couleur jaune ; c'est ce
que les violonistes utilisent pour frotter leur archet et améliorer l’adhérence
sur les cordes. Relativement peu coûteux, il est utilisé dans les vernis,
l'encollage du papier et son sel de sodium dans les savons de blanchiment.
Les acides résiniques,
homologues de l'acide abiétique, répertoriés ci-dessous sont des métabolites
secondaires que la plante fabrique pour se protéger des agressions extérieures
(blessures, insectes, champignons…).
|
Acide abiétique |
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Acide lévopimarique |
Acide palustrique |
Acide néoabiétique |
|
Acide
déhydroabiétique |
Acide
sandaracopimarique |
|
Ambre jaune
L'ambre jaune est une
oléorésine durcie provenant de la sève de divers types d'arbres parmi lesquels
des conifères : Ifs, Cyprès, Araucarias, Pins (Pinus succinifera)
qui ont été ensevelis pendant plusieurs millions d'années ; certains de ces
arbres constituaient de grandes forêts à l'oligocène, à travers toute l'Europe.
Les constituants de la sève soumis à diverses conditions de température et de
pression ont évolué chimiquement en subissant des polymérisations.
Les ambres à inclusions
(animales ou végétales) sont datées du trias (- 230 millions d'années) pour les
plus anciens. Les plus fréquents (ambres cénozoïques) datent de (-64 à -1
millions d'années).
On trouve dans l'ambre
:
-
Du succinate de méthyle

-
Des monoterpènes
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Camphre |
Bornéol |
α-Fenchol |
Fenchone |
-
Des diterpènes et en particulier
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L'ester méthylique de
l'acide isopimarique |
L'acide déhydroabiétique |
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L'acide ozoïque |
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Le communol |
L'ozol |
La structure
polymérique des ambres n'est pas simple à déterminer ; il a été établi que dans
l'ambre de la Baltique on trouve entre autres des chaînes d'acide communique et
des chaînes d'acide ozoïque :
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|
Polymère de l'acide
communique |
Polymère de
l'acide ozoïque |
On trouve également des
polymères constitués de chaînes de communol réunies par des molécules
d'acide succinique ou des chaînes d'ozol réunies aussi par des molécules
d'acide succinique :
|
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Acide succinique
réunissant deux chaînes de communol. |
Acide succinique
réunissant deux chaînes d'ozol. |
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Pendentif en ambre |
On classe les ambres
en fonction de la quantité de dérivés succiniques qu'ils contiennent ; c'est
l'acide succinique (ou ses dérivés) qui donne à l'ambre une odeur balsamique
lorsqu'on le ponce. L'ambre est
relativement peu dense ; il flotte dans l'eau de mer. C'est sur les rivages
des pays baltes et sur la mer Baltique que l'on retrouve les plus importants
dépôts marins. L'ambre jaune
présente naturellement un phénomène de fluorescence ; lorsqu'il est excité
par des UV avec des longueurs d'onde variables (365 à 254 nm) en devenant
bleu vert ou même rouge. C'est une substance
plutôt tendre (2 à 3 sur l'échelle de Mohs qui compte 10 échelons)
; l'ambre le plus dur permet la fabrication de bijoux. |
Résine sandaraque
Deux définitions pour
cette résine qui a été utilisée du XIIème au XVème siècle dans les peintures
d’art, comme vernis alcoolique (dissoute dans de l'huile de lin et de l'alcool)
puis de nouveau au XVIIème siècle et au XVIIIème comme vernis maigre (peu d’huile
et beaucoup de solvant( ex alcool ou essence de térébenthine)) :
C'est de cette dernière
dont il va être question ici.
Elle est constituée
majoritairement de composés diterpéniques (20 carbones) ; des
molécules
|
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|
|
Le principal
monomère diterpénique est par exemple
l'acide sandaracopimarique (de type pimarane) :

On y trouve aussi
de l'acide agathique (de
type labdane (voir annexe
3)) :

Ainsi que des phénols
comme par exemple le totarol :

Ou des alcools comme
le sandaracopimarinol :

Huile de lin
En lutherie, c’est un
ingrédient essentiel des vernis traditionnels, donnant aux instruments
une beauté intemporelle et une protection durable.
Mélangée à des résines comme l’ambre, la
colophane, le mastic, elle apporte :
L’huile de lin est
obtenue par pression des graines mûres et séchées du lin (Linum
usitatissimum), une plante cultivée depuis des millénaires pour ses fibres
textiles et ses graines.
Les graines contiennent
environ 30 à 40 % d’huile.
Extraction : Deux procédés :
Composition chimique : il s’agit d’
esters d’acides gras dont les principaux sont :
|
Composants
principaux |
Pourcentage
approximatif |
Molécules |
|
Acide
α-linolénique (oméga-3) |
~40-70
% |
|
|
Acide
linoléique (oméga-6) |
~12-24
% |
|
|
Acide
oléique (oméga-9) |
~12-25
% |
|
|
Acide
palmitique (saturé) |
~5-12
% |
|
La siccativité d'une huile est son aptitude à
"sécher" à l'air.
Lorsqu' on abandonne une huile à l'air, il se forme parfois, plus ou moins
rapidement, un film correspondant à une réticulation de cette huile.
On met à profit cette propriété des huiles en les incorporant dans certains
vernis, certaines peintures ou dans certaines encres d'imprimerie.
Le mécanisme est assez complexe et fait intervenir le dioxygène de l'air qui
crée un radical -C. en
"arrachant" un atome d'hydrogène à un carbone en a d'une
double liaison C=C ; par fixation d'une molécule d'oxygène sur ce radical on
obtient un autre radical -O-O. qui va se fixer sur le radical -C. d'une
autre molécule d'huile "activée". Des liens se créent ainsi entre les
molécules et un film solide naît de cette réticulation, on dit que l'huile
"sèche".

Plus une huile contient de doubles liaisons et plus dans un temps donné il se
forme de liaisons donc plus vite a lieu la réticulation c'est à dire le
séchage.
Les huiles les
plus utilisées pour leurs propriétés siccatives sont : l'huile de tung (encore
appelée huile de bois de chine ou d'abrasin) et l'huile de lin.
C’est
un liquide jaune doré à brun clair,à odeur douce et légèrement noisettée.
Sa densité est environ0,93 g/cm³. Son Indice d’iode élevé
(~175-190), témoigne de sa forte insaturation.
Sa siccativité : elle sèche en 24 à 48 h en surface, mais
met plusieurs semaines à polymériser complètement.
Huile de noix
L’huile de noix est
principalement constituée de lipides, notamment des esters des acides gras
suivants : :
|
Composants
principaux |
Pourcentage
approximatif |
Molécules |
|
Acide
linoléique (oméga-6) |
~50-60
% |
|
|
Acide
oléique (oméga-9) |
~15-20
% |
|
|
Acide
α-linolénique (oméga-3) |
~10-15% |
|
|
Acide
palmitique (saturé) |
~7-10
% |
|
Le rapport oméga-6 /
oméga-3 est environ 4:1 ; bon équilibre, mais à consommer avec
modération pour éviter l’excès d’oméga-6.
Pigments et colorants utilisés dans la
fabrication des vernis à violon
Les vernis à violon
sont souvent teintés pour donner à l’instrument sa belle couleur
chaude, allant du jaune doré au rouge profond en passant par l’ambre ou le
brun.
On utilise
principalement des colorants naturels et des pigments
minéraux ou organiques.
A) Colorants naturels (teintures)
Les luthiers
traditionnels utilisent des teintures extraites de plantes ou d'insectes.
Voici les plus courantes :
|
Nom |
Origine |
Nom |
Origine |
|
Braziléine
Le bois de Campêche
appelé aussi campêche est un bois lourd et dur du genre Hematoxylon
(césalpiniacées)qui est riche en tanin . BRUN
ROUGE Violet |
Molécule qui se forme
par oxydation spontanée à l'air, des substances majeures des "bois
solubles" : bois du Brésil et notamment de Pernambouc, bois de Campêche
(la plus vieille ville espagnole connue du Yucatan au Mexique). Les molécules
extraites sont incolores et en quelques heures se transforment en braziléine
ou en hématoxyline, qui sont de couleur rouge. Elles servaient autrefois à
fabriquer les laques rouges utilisées par les artistes peintres. |
Curcumine
La curcumine est
l’une des principales molécules extraites du curcuma. Le curcuma (Curcuma
longa), aussi appelé "safran des Indes", est une plante herbacée de
la famille des zingibéracées, comme le gingembre. Originaire du
sous-continent indien et de l'Asie du Sud-Est, il est principalement cultivé
en Inde, qui fournit près de 80% de la production mondiale. D'autres pays
comme la Chine, le Sri Lanka, le Bangladesh, l'Indonésie, et la Thaïlande
sont également producteurs. JAUNE VIF |
Les curcuminoïdes
dont la curcumine fait partie, sont des pigments polyphénoliques qui donnent
au curcuma sa couleur jaune vif. Les curcuminoïdes représentent environ 2 à 5
% du poids du curcuma. |
|
Alizarine
Colorant anthraquinonique rouge connu depuis
l’Antiquité (l’archéologue britannique Carter découvre des textiles teints
avec de la garance dans la tombe de Tout-ankh-Amon (1330 environ avant-J.C)). ROUGE
ROSE |
On utilisait
l'hydroxyde d'aluminium comme lien entre le tissu et la teinture (c'est le
fixateur ou "mordant"). Elle a été isolée de la garance pour la
première fois, par Robiquet en
1826. La synthèse de
l'alizarine réalisée en 1868 par Graebe et Liebermann marqua la fin de la
culture de la garance. |
Tanins
des noix de galle La noix de galle est
une excroissance des feuilles et des jeunes pousses de chêne, pour se
protéger des larves d’insectes hyménoptères (cynips). Ces insectes parasites
piquent en effet le végétal, provoque une tumeur appelée galle et
déposent leurs œufs. Les tannins sont
extraits à chaud le plus souvent dans de l’eau et parfois dans le vin ou la
bière. Les tanins sont une
combinaison complexe de glucose et d'acide gallique que l'on trouve
dans l'écorce de chêne, l'écorce de châtaigner et dans les noix de
galle. BRUN Du très
clair au très foncé |
La couleur dépend de
la noix de galle utilisée, elle va d’un brun très clair au brun très foncé Les molécules
carboxypolyphénoliques s’hydrolysent à chaud en molécules plus petites, comme
par exemple l’acide gallique. |
|
Crocétine
C’est une des
principales molécules présentes dans le safran. Safran
Dérivé des stigmates
séchés de la fleur de Crocus sativus, il est une épice
précieuse ; en effet, son histoire riche, ses utilisations diverses et ses
propriétés en font l'une des épices les plus recherchées au monde. ROUGE
BRIQUE |
Le safran est connu
depuis plus de 3 500 ans. Originaire d'Asie centrale, il s'est répandu à
travers les civilisations, de la Grèce antique à l'Inde médiévale. Le
commerce florissant du safran a été un moteur de l'économie dans des régions
telles que la Perse et certaines régions bordées par la Méditerranée La culture du Crocus
sativus demande des conditions spécifiques, avec un sol bien drainé
et un climat ensoleillé. Chaque fleur ne produit que quelques brins de safran
(une fleur donne trois stigmates, minces filaments rouges ; il faut environ
150 à 200 fleurs de crocus pour produire 1g de safran), nécessitant une
récolte manuelle minutieuse à l'aube, lorsque les fleurs s'ouvrent. Cette
méthode contribue à la rareté et à la valeur du safran. |
Cochenille Acide
carminique
Teinture
rouge extraite d'insecte. ROUGE
CARMIN |
Les carmins et
l’acide carminique sont obtenus à partir d’extraits aqueux ou alcooliques de
cochenille, provenant de la carapace séchée de l’insecte femelle Dactylopius coccus Costa. Le principe
colorant est l’acide carminique. On estime que les laques aluminiques formées
à partir de l’acide carminique (les carmins) renferment de l’aluminium et de
l’acide carminique dans un rapport molaire de 1:2. |
Remarque : Ces colorants
sont généralement solubles dans des solvants (alcool, essence) ou
dans des huiles.
B) Pigments minéraux
Les ocres
(jaune ou rouge), la terre d’ombre que nous avons déjà
trouvées dans la préparation du ground sont aussi utilisés pour la préparation
des vernis (voir annexe 1 et annexe 2).
Le noir de fumée
(carbone pur C) permet la couleur noire.
Le rouge de Venise qui
est d’un rouge chaud, légèrement brunâtre, provient d’une terre ferrugineuse
(riche en oxydes de fer), proche de la famille des ocres rouges et qui présente
une excellente résistance à la lumière et au temps.
Le mastic
Le mastic (ce mot vient
probablement du verbe µασσω :
mâcher) de l'île grecque de Chio est une résine qui suinte du tronc et des
branches principales du lentisque ou arbre à mastic (Pistacia
lentiscus) lorsqu'on pratique une entaille
avec un objet pointu ; il continue à être exploité de nos jours et sert à
fabriquer des chewing-gums (marque Elma®) des
dentifrices, des parfums, des liqueurs et des produits pour aromatiser les
pâtisseries.
La gomme qui constitue
le mastic est essentiellement formée de chaînes, constituées d'environ une
centaine de motifs isoprène assemblés, mélangées à des terpènes (α-pinène
et β-myrcène en forte concentration)