PHENOLS, POLYPHENOLS, FLAVONOÏDES, TANNINS.

Gérard Gomez


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Plan de l'étude

 

A -Les phénols

                A-1) Définition-Nomenclature

                A-2) Données sur quelques phénols

B - Les polyphénols

                B1) Les acides phénoliques

                B2) Les hydroxystilbénoïdes

                B3) Les lignanes

C - Les Flavonoïdes

                C-1) Les flavonoïdes

                               C-1-1) Flavones et flavonols

                                               C-1-1-1) Les Flavones

                                               C-1-1-2) Les Flavonols (et les flavanonols)

                               C-1-2) Les flavanols et les flavanones

                                               C-1-2-1) Les flavanols

                                               C-1-2-2) Les flavanones

                               C-1-3) Les anthocyanidines (ou anthocyanidols)

                C-2) Les isoflavonoïdes

                               C-2-1) Les isoflavones

                               C-2-2) Les isoflavanones

                C-3) Les néoflavonoïdes

                C-4) D'autres types structurels de flavonoïdes

                               C-4-1) Les chalcones

                               C-4-2) Les aurones

D- Les tannins

                D-1) Introduction

                D-2) Structure chimique

                               D-2-1) Les tannins hydrolysables

                                               D-2-1-1) Tannins de l'acide gallique ou gallotannins

                                               D-2-1-2) Tannins de l'acide ellagique ou ellagitannins

                               D-2-2) Les tannins condensés

                               D-2-3) Les tanins complexes

                               D-2-4) Les phlorotannins                                  

                D-3) Formation des complexes tanins-protéines

                               D-3-1) Astringence - Amertume

                               D-3-2) Le tannage des peaux

                               D-3-3) Autres domaines où les tannins ont de l'importance

 

Annexe 1 Formules de la glycine, de la proline, de l'hydroxyproline

Annexe 2 Flavonoïdes sous forme d'hétérosides

Annexe 3 Encre métallo-gallique

Annexe 4 Les prolamines

Annexe 5 La mucine

Annexe 6 Vieillissement d'un vin

Annexe 7 Tannins

Annexe 8 Le collagène

Annexe 9 Les acides chlorogéniques

Annexe 10 Acide cinnamique et stilbène

Annexe 11 Monolignols

Annexe 12 Voies de biosynthèse des entérolignanes


- A -Les phénols

            A-1) Définition-Nomenclature :
Un phénol est une molécule aromatique, possédant un groupe hydroxyle OH fixé sur un carbone d'un cycle benzénique.
Formule générale : Ar-OH
            Exemples :

 

BENZOPHENOLCOURS

TRIMETHYLPHENOL.gif

Le phénol ou benzophénol

C'est le plus simple de la famille

Le 2,4,6-triméthylphénol


Nomenclature : Lorsque plusieurs fonctions existent sur le cycle benzénique on utilise le suffixe phénol si la fonction est prioritaire, ou le préfixe hydroxy si elle ne l'est pas ; (
Voir priorités  dans les composés polyfonctionnels).
            Exemples :

 

CHLOROPHENOLCOURS

HYDROXYBENZOIQUECOURS

2-Chlorophénol

car OH est prioritaire par rapport à Cl.

Acide 2-hydroxybenzoïque

car OH n'est pas prioritaire

par rapport à COOH.

 

            Remarque: Si le groupe hydroxyle n'est pas fixé directement sur le carbone du cycle benzénique, ce n'est pas un phénol mais un alcool aromatique;

exemple:

BENZYLIQUECOURS

Alcool benzylique.

 

            A-2) Données sur quelques phénols :

Il existe de très nombreux phénols dans la nature, qu'ils soient d'origine végétale ou animale. Les phénols ont diverses fonctions biologiques et peuvent avoir des propriétés antioxydantes, antimicrobiennes…

Nous allons donner quelques exemples de phénols naturels simples, c'est-à-dire ne contenant qu'un seul noyau aromatique substitué par des groupes simples :

 

Phénol

ou

Hydroxybenzène

 

PHENOL

C6H6O

Masse molaire :
94,111 g.mol-1

Ebullition :
181,87 °C

Fusion :
40,89 °C

Densité:
1,054545

Indice de réfraction :
1,540841

Solubilité:
Très soluble dans l’éther ; soluble dans l’éthanol, l’eau ; miscible dans l’acétone, le benzène.

N° CAS :

108-95-2

 

Sources :

Les goudrons de houille renferment du phénol que l'on peut extraire, mais l'essentiel est obtenu par oxydation du cumène.

PHENOLSYNTH2.gif

Utilisations :

- Principalement utilisé comme intermédiaire de synthèse dans l'industrie :

Synthèse du bisphénol A (résines phénoliques), des plastifiants, des adhésifs, des durcisseurs …

- Dans l'industrie pharmaceutique : désinfectant, antiprurigineux, anesthésique local.

- C'est une kairomone de Toxorhynchites amboinensis le moustique éléphant, appelé ainsi car de grande taille ; il ne pique pas, est nectarivore et se trouve dans les régions tropicales et subtropicales.

Paracétamol

ou N-(4-hydroxyphényl)-éthanamide

ou N-(4-hydroxyphényl)-acétamide

ou acétaminophène

 PARACETAMOL.gif
C8H9O2N
Poudre cristalline blanche
Masse molaire

151,17 g.mol-1
Fusion:

170 °C
Solubilité:
Eau:10 g.L-1 à 20 °C; 250 g.L-1 à 100 °C.
Ethanol:soluble
Ether: très peu soluble.

 

Antipyrétique et analgésique (il fait baisser la fièvre), principe actif du Dafalgan®, du Doliprane®, notamment, concurrent de l'aspirine mais avec moins d'effets secondaires.

Thymol

ou

2-isopropyl-5-méthylphénol

 

THYMOL.gif

C10H14O

Aspect :

Cristaux incolores.

Masse molaire :
150,217 g.mol-1
Fusion :

49,5°C

Ebullition :

232,5°C

Densité :

0,970 (à 25°C)

Indice de réfraction :

1,5227 (à 20°C)

N° CAS :

89-83-8

Solubilité :

Très soluble dans l'éthanol, l'éther, le chloroforme, l'acétate d'éthyle ; insoluble dans l'eau.

Sources :

Molécule présente notamment dans les huiles essentielles de thym (Thymus vulgaris) et d'origan (Origanum vulgare).

 

Utilisations :

Le thymol a des propriétés antiseptiques et antifongiques ; il a une odeur agréable.

On l'utilise :

- En pharmacie, comme antiseptique pour la gorge.

- En parfumerie, il donne des notes aromatiques à certains parfums.

- Comme additif alimentaire : il donne une saveur de thym aux aliments et aux boissons.

- Produits de nettoyage : il désinfecte grâce à ses propriétés antimicrobiennes.

- Comme pesticide naturel : C'est un antifongique.

Eugénol

ou
4-allyl-2-méthoxyphénol

EUGENOL.gif
C10H12O2
Aspect :

Liquide

Masse molaire :

164,201 g.mol-1
Fusion :

-7,5 °C
Ebullition :

253,2 °C

Densité :

1,0652 à 20 °C
Indice de réfraction :

1,5405 à 20 °C

N° CAS :

97-53-0

Solubilité :
Miscible dans l'éthanol, l'éther ; soluble dans le chloroforme, l'acide éthanoïque, les huiles ; insoluble dans l'eau.

Sources :

Présent dans le giroflier,

Syzygium aromaticum (famille des myrtacées) :

Phénol présent dans les clous de girofle ; constituant de certains désinfectants utilisés pour les soins dentaires.

 

Utilisations :

- En aromathérapie, du fait de son odeur agréable et de ses propriétés apaisantes.

- En parfumerie : il donne une note épicée et boisée aux parfums. Utilisé dans les cosmétiques.

- En dentisterie : C'est un antiseptique qui possède aussi des propriétés analgésiques.

- En cuisine : Le clou de girofle et la cannelle en contiennent.

- C'est un répulsif contre les moustiques.

Capsaïcine
ou
8-méthyl-N-vanillyl-(trans)-non-6-ènamide

CAPSAICINE.gif

C18H27NO3
Masse molaire :
305,41g.mol-1
Fusion :
62-65°C
Ebullition :
210-220°C
Solubilité :
soluble dans l'éthanol, l'éther, le benzène, le chloroforme..

Alcaloïde à azote extracyclique, naturel, présent en particulier dans le piment (genre capsicum) ; il a été découvert et isolé en 1816. C’est le principe aromatisant majeur de l’oléorésine du paprika.

Il constitue (à raison de 20%) avec d'autres alcaloïdes voisins la famille des capsaïcinoïdes. Ces composés activent les récepteurs vanilloïdes (nocirécepteurs) VR1 de la peau, de la langue, de la vessie, par exemple, qui sont aussi activés par la chaleur (45°C) et par l'acidité. Les capsaïcinoïdes provoquent donc une douleur (sensation de piquant sur la langue, de brûlure sur la peau) au début, mais par contact prolongé, ils désensibilisent ces récepteurs entraînant un effet analgésique.
A doses élevées la capsaïcine est neurotoxique.
On l'utilise dans certaines crèmes à usage local ou dans le gaz poivre anti-émeutes.

Remarque :

La vanilline  (3-méthoxy-4-hydroxybenzaldéhyde) donne son parfum aux gousses de vanille :

VANILLINE.gif

Guaïacol

ou

2-méthoxyphénol

 

GUAIACOL.gif

C7H8O2

Aspect :

Cristaux (prismes hexagonaux) incolores à odeur forte.

Masse molaire :

124,138 g.mol-1

Fusion :

32°C

Ebullition :

205°C

Densité :

1,1287 (à 21°C)

Indice de réfraction :

1,5429 (à 20°C)

N° CAS :

90-05-1

Solubilité :

Soluble dans l'éthanol, l'éther, le chloroforme ; légèrement soluble dans l'eau (1,9g.L-1).

Sources :

On l'extrayait autrefois de l'acacia catechu Willd (famille des fabiacées) arbre de 12m de haut environ à fleurs jaune pâle, originaire du grand désert indien de Thar.

Le guaiacol existe aussi dans le bois de guaiac ; le guaiac est un arbuste (Bulnesia sarmienti) d'Amérique du sud (Paraguay) dont le bois est un des plus denses des bois tropicaux.

 

Utilisations :

- Intermédiaire de synthèse dans divers domaines (parfumerie, arômes, colorants).

- En parfumerie : en raison de son odeur agréable.

- Arômes et saveurs alimentaires : il donne un goût fumé à la viande).

-Utilisé comme antiseptique et mucolytique en médecine.

- En biochimie il permet de mettre en évidence les phénoloxydases avec lesquelles il donne une coloration rouge.

 

Phloroglucinol

ou

Benzène-1,3,5-triol

 

PHLOROGLUCINOL.gif

 

C6H6O3

Aspect :

Cristaux en feuilles ou en plaques lorsque recristallisé dans l'eau.

Masse molaire :

126,110 g.mol-1

Fusion :

218,5°C

Ebullition :

Se sublime

Densité :

1,46 (à 25°C).

Solubilité :

Très soluble dans l'éthanol, l'éther, le benzène, la pyridine ; soluble dans l'acétone ; légèrement soluble dans l'eau.

 


 

PHLOROGLUCINOL.gif

Sources :

Triphénol présent dans l'écorce de certains arbres fruitiers, dans certaines fougères, ainsi que dans certaines algues marines.

On peut le synthétiser par exemple à partir du benzène traité par l'acide nitrique pour obtenir du trinitrate de benzène, un explosif.

Par réduction catalytique par l'hydrogène, on obtient le 1,3,5 triaminobenzène qui traité par une base donne le phloroglucinol.

Utilisations :

- Le phloroglucinol, diminue les spasmes des fibres musculaires lisses et calme donc la douleur liée à ces spasmes.

C'est le principe actif (en association avec le 1,3,5-triméthoxybenzène *) du médicament Spasfon.

- C'est un intermédiaire de synthèse.

- C'est un agent de coloration en histologie.

 

Existe sous deux formes tautomériques :

TAUTOMERIE.gif

 


*

SPASFON2.gif

1,3,5-triméthoxybenzène

Dopamine

ou

4-(2-aminoéthyl)benzène-1,2-diol

DOPAMINE.gif

C8H11NO2
Masse molaire :
153,1784g.mol-1

N° CAS :

51-61-6

 

C'est un précurseur de l'adrénaline et de la noradrénaline.

 

On retrouve de la dopamine à la fois dans le règne végétal et dans le règne animal.

C'est une catécholamine (présence de 2 groupements OH phénoliques en ortho comme dans le pyrocatéchol).

- Dans le règne animal, c'est un neurotransmetteur (messager chimique entre les neurones) jouant un rôle important dans le fonctionnement du cerveau. Le manque de dopamine dans le système nerveux central provoque la maladie de Parkinson.
La maladie de Parkinson touche une zone du cerveau appelée "locus niger" (substance noire). Cette affection neurodégénérative se caractérise par la destruction progressive des neurones produisant la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans le contrôle des mouvements. Il en résulte une diminution significative de celle-ci, diminution responsable des symptômes (notamment moteurs) de la maladie. D'autres neurotransmetteurs (noradrénaline, sérotonine, acétylcholine, etc.) sont également touchés.

- Dans le règne végétal elle peut être impliquée dans divers processus biologiques (régulation de la croissance, défense contre les herbivores et les pathogènes …).

Comme on le voit, les phénols sont courants dans les essences végétales.

On peut également citer : les crésols (méthylphénols) dans les goudrons de houilles ; l'anol dans l'anis, le fenouil ; le carvacrol dans le thym, avec le thymol ; le chavicol dans le bétel….

Il existe par ailleurs des phénols appartenant à des familles importantes et qu'on peut classer dans les phénols simples ; ce sont les acides phénoliques de type hydroxybenzoïque et les acides phénoliques de type cinnamique :

 

            - Acides phénoliques du type hydroxybenzoïque :

 

Acide salicylique

ou

Acide 2-hydroxybenzoïque

 

SALICYLIQUE.gif

C7H6O3

Aspect :

Aiguilles (si recristallisé dans l'eau) ; primes monocliniques (si recristallisé dans l'éthanol.

Masse molaire :
138,121 g.mol-1
Fusion :

159°C

Ebullition :

211 (sous 20 mm de Hg)

Densité :

1,443 (à 20°C)

Indice de réfraction :

1,565

N° CAS :

69-72-7

Solubilité :

Très soluble dans l'éthanol, l'acétone, et l'éther ; légèrement soluble dans l'eau, le benzène, le chloroforme.

 

 

Sources :

- Salix alba (Saule blanc) Arbre poussant au bord de l'eau à écorce gris foncé profondément fissuré de la famille des salicacées. C'est dans son écorce que l'on trouve l'acide salicylique.

- Filipendula ulmaria (Reine des près) de la famille des Rosacées. C'était une plante sacrée pour les druides. Ses boutons floraux contiennent de l'acide salicylique.

 

Utilisations :

Il a été préparé dès 1859 par H.KOLBE ; fut introduit en 1876 par STRICKER comme médicament contre le rhumatisme.

Il est utilisé notamment

- comme analgésique et anti-inflammatoire, c'est un précurseur de l'acide acétylsalicylique (Aspirine).

- En association avec d'autres molécules il permet de traiter les verrues, l'acné.

- On l'utilise aussi en association avec d'autres molécules pour traiter l'hyperhidrose (sudation excessive).

- Pour la conservation des aliments (il empêche la croissance de moisissures et des levures).

- En horticulture, on l'utilise comme pesticide naturel (antifongique).

Acide gallique
ou
Acide 3,4,5-trihydroxybenzoïque

 

ACIDEGALLIQUE.gif

C7H6O5
Masse molaire :
170,120 g.mol-1
Fusion :
253°C (se décompose)
Densité :
1,694
Solubilité :
légèrement soluble dans l'eau ; Très soluble dans l'éthanol.
Soluble dans l'acétone ; insoluble dans le benzène et le chloroforme.
N° CAS :
149-91-7

Cet acide peut être obtenu par dégradation des tanins par des microorganismes.

La décarboxylation de l'acide gallique par la chaleur conduit au pyrogallol (c'est le principe de la préparation industrielle de ce produit).
ACIDEGALLIQUEDECARBOX.gif

Acide vanillique

ou

Acide 4-hydroxy-3-méthoxybenzoïque

ACVANILLIQUE.gif

C8H8O4

Masse molaire

168,147 g.mol-1

Fusion

209°C

pKa

4,53 à 25°C

Solubilité :

Légèrement soluble dans l'eau.

N° CAS

121-34-6

On le trouve naturellement dans Angelica sinensis, plante originaire de Chine et utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise.

Cette molécule a des propriétés anti-microbiennes.

On peut l'obtenir par oxydation de la vanilline.

 

Acide syringique
ou
Acide 4-hydroxy-3,5-diméthoxybenzoïque

SYRINGIQUE.gif


C9H10O5
M = 198,18 g.mol-1
Fusion :
204-205°C
Solubilité :
Ethanol, éther, acétone, chloroforme.

Présent dans divers végétaux (érable, arganier à l'état de traces).
Analgésique, sédatif, hypoglycémiant.
Des chercheurs ont tenté de déterminer la couleur du vin contenu dans des jarres du tombeau de Toutankhamon et ont trouvé (chromatographie en phase liquide et spectrographie de masse) de l'acide syringique, après traitement, preuve que le vin contenait du malvidine-3-O-glucoside donc que le vin était rouge.

 

Malvidine-3-O-glucosideMALVIDINE4.gif

 

            - Acides phénoliques du type cinnamique :

Ils ont la structure de l'acide cinnamique (voir annexe 10)

 

Acide caféique

ou
3,4-dihydroxycinnamique

ou

Acide 3-(3,4-dihydroxyphényl)- prop-2-énoïque

ACCAFEIQUE.gif


C9H8O4
Aspect :

Cristaux jaunes

Masse molaire :

180,158 g.mol-1
Fusion :

225°C (se décompose)

N° CAS :

331-39-5

Solubilité :

Très soluble dans l'éthanol.
Risques
:
R 40
S 36/37/39

 

Acide présent dans le café et de nombreuses plantes.

Il présente deux fonctions phénol.

L'acide caféique se forme naturellement dans les végétaux par hydroxylation de l'acide 4-hydroxy (trans) cinnamique et se transforme en acide férulique.

 

Acide férulique
ou
Acide (E)-3-[(4-hydroxy-3-méthoxy)phényl]
prop-2-ènoïque
ou
Acide (E)-4-hydroxy-3-methoxycinnamique

ACFERULIQUE.gif


M = 194,19 g.mol-1
Fusion: 168-171 °C

Il résulte du métabolisme de la phénylalanine et de la tyrosine.Il est très répandu dans les végétaux (riz, blé, orge, avoine...). Il possède un pouvoir antioxydant et absorbe les U.V.
Il est utilisé dans le domaine alimentaire (le férulate de sodium améliore le goût sucré de l'acésulfame de potassium) cosmétique (lotion pour la peau et écran solaire) médical (propriétés anti-inflammatoires) et vétérinaire.

 

Acide sinapique

ou

Acide sinapinique

Ou

Acide 3-(4-hydroxy-3,5-diméthoxyphényl)-2-propènoïque

 

SINAPIQUE.gif

C11H12O5

Aspect :

Poudre blanche

Masse molaire :

224,210 g.mol-1

Fusion :

199°C (se décompose)

Solubilité :

Soluble dans le méthanol et l'acétone ; insoluble dans l'eau.

N° CAS :

530-59-6

Molécule que l'on trouve dans des plantes oléagineuses (Crucifères – Brassicacées) notamment le colza.

Biosynthèse de l'acide sinapique

SYNTHSINAPIQUE.gif

 

 

Acide chlorogénique

CHLOROGENIQUE.gif

C16H18O9
(isomère trans)
M = 354,31 g.mol-1
Fusion : 210°C (se décompose)
[a]25 = -35° (c = 2,8 dans l'eau)

Acide phénolique, présent notamment dans le café (grains et boisson) ; il représente environ 3% de la matière sèche d'un grain de café avec des variations selon qu'il s'agit d'un arabica ou d'un robusta. Il est responsable en partie de l'arôme du café. On en trouve également dans des légumes courants (carotte, pomme de terre..).
Il inhibe l'époxydation de l'acide rétinoïque qui est catalysée par l'hématine.

 

Remarque : il existe une famille d'acides chlorogéniques (voir annexe 9)

 

- B - Les polyphénols

Les polyphénols constituent un sous-ensemble de la famille des phénols ; les molécules constituant ce sous-ensemble renferment plusieurs noyaux aromatiques ayant des substituants hydroxyles (-OH), c'est-à-dire plusieurs fonctions phénol dans leur structure.

On distingue 5 familles :

Les flavonoïdes, les acides phénoliques, les hydroxystilbénoïdes, les lignanes et les tannins.

Les polyphénols les plus nombreux sont les flavonoïdes avec comme exemple la quercétine.

QUERCETINE.gif

Les molécules sont donc en général plus complexes que celles qui ont été citées dans le précédent paragraphe.

Remarque :

Cependant quelques molécules qui ne répondent pas à la définition qui vient d'être donnée sont considérées abusivement comme des polyphénols.

C'est le cas de composés comme ceux ci-dessous qu'on qualifie de diphénol ou de triphénol et qui correspondent à un seul noyau aromatique portant plusieurs groupes hydroxyles :

PYROCATECOURS

RESORCINOLCOURS

HYDROQUINONECOURS

PYROGALLOLCOURS

PHLOROGLUCINOL.gif

Pyrocatéchol ou catéchol

Résorcinol

Hydroquinone

Pyrogallol

Phloroglucinol

 

Alors que

BISPHENOLA.gifest un bisphénol

 

Remarque : Les flavonoïdes et les tannins feront l'objet d'une étude séparée ; nous allons donner des exemples des autres familles citées.

           

            B1) Les acides phénoliques

En voici deux exemples :

 

Acide Ellagique
ou
Acide éléagique
ou
Elagostasine
ou
Gallogen
ou
Acide benzoarique
ou
Lagistase
ou
2,3,7,8-tétrahydroxy(1)benzopyrano
(5,4,3-CDE)(1)benzopyrano-5,10-dione.

ACIDEELLAGIQUE.gif
C14H6O8
Masse molaire :
302,19 g.mol-1
Fusion :
Supérieure à 350°C

Ebullition :

796,5°C

Densité :

2,066

 

C'est une substance présente dans les tanins (ellagitanins) présents dans de nombreux fruits :

 

·         Vaccinium myrtillus (Canneberge)

·         Punica granatum (grenadier)

·         Fragaria vesca (fraisier) famille des rosacées.

·         Juglans regia (noyer commun) famille des juglandacées.

 

C'est un composé soluble dans l'eau.
L'acide ellagique est astringent.

 

 

Acide digallique

ou

Acide 3,4-Dihydroxy-5-[(3,4,5-trihydroxybenzoyl)oxy]benzoïque

ACIDE TANNIQUE.gif

C14H10O9

Aspect :

Feuilles (si recristallisé dans l'éthanol dilué).
Masse molaire :

322,224 g.mol-1
Fusion :
269°C (se décompose)

N° CAS :

536-08-3

Solubilité :

Trés soluble dans l'acétone et l'ethanol.

 

C'est une substance présente dans les tannins.

 

 

            B2) Les hydroxystilbénoïdes

Ce sont des composés qui ont la structure du trans-stilbène (voie annexe 10)

Un des plus importants est le resvératrol :

 

Resvératrol

ERESVERATROL

 

C14H12O3

Masse molaire :

228,243 g.mol-1

Fusion :

254°C

N° CAS :

501-36-0

Solubilité :

Soluble dans l’éthanol, peu soluble dans l’eau.

 

Polyphénol de la famille des stilbènes, possédant comme tous les polyphénols des propriétés réductrices ; ils empêchent l'oxydation par le dioxygène ; c'est donc un antioxydant (on lui attribue de ce fait des propriétés "anti-vieillissement"), antiagrégant plaquettaire, anti-inflammatoire et vasodilatateur. On le trouve notamment dans la peau de certains raisins rouges (dans le cépage "pinot noir" on en retrouve par exemple de 1 à 8 mg/L).

Par action de la lumière UV, il se transforme en son isomère Z (cis) 7 fois moins actif comme anti oxydant.

Le resvératrol est une phytoalexine, métabolite secondaire des végétaux en réponse à une attaque de parasite (Champignon….) ou à un stress hydrique par exemple.

 

Nombre de composés ont des structures voisines de celles du resvératrol :

RESVERATROL2.gif

R1 = R2 = R3= H        c'est le trans-resvératrol

 

R1 = R2 = H  R3= OH c'est le trans-picéatannol

 

R1 = R2 = CH3  R3= H c'est le trans-ptérostilbène

 

R1 = Glc R2 = R3= H c'est le trans-picéide (Glc = Glucose)

 

 

On peut également citer la ε-viniférine qui est un dimère du resvératrol :

ε-viniférine

VINIFERINE.gif

C28H22O6

Masse molaire :

454,471 g.mol-1

N° CAS :

62218-08-0

 

Composé naturel que l'on trouve dans les vignes (Vitis vinifera) dans des vins et dans l'écorce de la tige de Dryobalanops aromatica, une espèce d'arbres originaires de Sumatra et de Bornéo ; ils ont la particularité de laisser entre eux des "fentes de timidité".

 

            B3) Les lignanes

Ce sont des composés naturels dont la molécule dérive de deux unités monolignols (voir annexe 11).

C'est Haworth qui introduit le premier en 1936 le terme de lignane pour désigner un ensemble de deux molécules ayant un squelette phénylpropane, liées par leurs carbones 8 et 8'.

PHENYLPROPANE.gif

Phénylpropane

Ce terme a été étendu par la suite (Otto Richard Gottlieb 1972) aux groupes de deux molécules ayant un squelette phénylpropane mais non liées par leurs carbones 8 et 8' ; il les a qualifiées de néolignanes.

 

Prenons comme exemple le pinorésinol (C20H22O6) qui dérive de deux molécules d'alcool coniférylique (voir annexe 11) :

PINORESINOL

 

Les lignanes sont assez répandus mais ce sont les graines de sésame et de lin qui en contiennent le plus :

Sésame

1000 à 2000 µg/g

Lin

347 à 1140 µg/g

Carotte

29,3 µg/g

Lentille

19,6 µg/g

Chou-fleur

16,2 µg/g

Ail

10,5 µg/g

Oignon

10,3 µg/g

 

Voici quelques molécules qui correspondent à cette grande famille :

 

 

 

ENTEROLACTONE.gif

SECO.gif

 

 

 

ENTEROLACTONE2.gif

Entérodiol ((C18H22O4)

 

Un lignane qui se forme dans l'intestin (d'où son nom) ; on le qualifie aussi de lignane mammalien car se formant dans l'organisme des mammifères. C'est un catabolite produit par la flore intestinale à partir de lignanes présents dans la nourriture

Secoisolaricirésinol (C20H26O6)

 

Son diglucoside, un anti-oxydant isolé des graines de lin, est métabolisé dans le corps humain, en secoisolaricirésinol, mais aussi en entérodiol et en entérolactone, des lignanes dits mammaliens, ayant des propriétés de phytoestrogènes

Entérolactone  (C18H18O4)

 

L'entérolactone est un phytoestrogène c'est-à-dire un nutriment d'origine végétale (puisque formé à partir de lignanes végétaux) de structure non stéroïdienne capable de se fixer sur le récepteur des oestrogènes.

 

 

MATAIRESINOL2.gif

 

 

ARYL6

 

ARYL11

 

Matairésinol (C20H22O6)

 

Lignane assez fréquent ; on en trouve dans les graines de lin et de sésame, dans divers légumes et fruits.

C'est un précurseur des lignanes mammaliens

Isolaricirésinol (C20H24O6)

 

Un lignane de structure aryltétraline.

Le 9'-rhamnopyranoside de ce lignane est l'aviculine.

 

Globoidnane A (C26H20O10)

 

Lignane de structure arylnaphtalène présent dans Eucalyptus globoidea un arbre originaire d'Australie.

Cette molécule inhibe l'action de l'enzyme HIV intégrase responsable de l'introduction de l'ADN viral dans l'ADN d'une cellule hôte.

 

On trouvera en annexe 12, les voies de biosynthèse des entérolignanes.

                       

- C -  Les Flavonoïdes

            On dit d'un très grand nombre de substances naturelles qu'elles sont des flavonoïdes ; ce sont toutes des composés appartenant à la famille des polyphénols dont elles constituent un sous-ensemble ; la coloration des feuilles, des fleurs, des fruits est la plupart du temps due à des flavonoïdes.
            A l'état naturel on peut trouver ces polyphénols à l'état libre (on les désigne alors comme aglycones ou génines), mais très souvent les flavonoïdes sont sous forme d'hétérosides (voir annexe 2), une ou plusieurs de leurs fonctions phénols sont alors glycosylées (les oses étant le glucose, le galactose, le rhamnose ou l'arabinose). Sous forme hétéroside ils sont plus nettement hydrosolubles que sous forme aglycone.
            Flavonoïde est un terme générique qu'on peut décrire par la structure phénylbenzopyrane (deux cycles aromatiques à 6 carbones, A et B, reliés par un hétérocycle oxygéné à 5 carbones C),

GENFLAV.gif

Selon la position du cycle aromatique B sur le benzopyrane on obtient trois groupes :

- Position 2 : ce sont les flavonoïdes,

- Position 3 : ce sont les isoflavonoïdes,

- Position 4 : ce sont les néoflavonoïdes

 

            C-1) Les flavonoïdes :

On classe les flavonoïdes selon leur structure :

 

 Structures générales de base :

 

2-phénylchromone (ou flavone)

FLAVONE.gif

2-phénylchromane (ou flavane)

FLAVANE.gif

Ils constituent les flavonoïdes au sens strict

Ils constituent les flavonoïdes au sens large

 

Ils sont divisés en plusieurs classes qui se différencient par le degré de saturation de l'hétérocycle de l'aglycone, son oxydation et sa conformation spatiale :

On distingue :

            - les flavones et les flavonols qui ont le noyau flavone en commun et qui sont donc des flavonoïdes au sens strict.

FLAVONE.gif

            - les anthocyanidines (ou anthocyanidols) qui ont le noyau ion flavylium en commun et qui sont donc des flavonoïdes au sens large.

FLAVYLIUM.gif

            - les flavanols qui ont le noyau flavane en commun et qui sont donc des flavonoïdes au sens large.

FLAVANE.gif

       

Remarque :
Les anthocyanidines peuvent être obtenues soit à partir des flavonols (par réduction), ou par oxydation des flavanols :
FLAVOCADRE.gif
                        C-1-1) Flavones et flavonols :

Ce sont des pigments jaunes présents notamment dans la pellicule des raisins et dans les feuilles de vigne.

Les flavones et les flavonols ont pour structure de base le noyau flavone, du latin flavus = jaune (adjectif) :

FLAVONE.gif
                                   C-1-1-1) Les Flavones :

Ils ont une structure commune polyhydroxylée ou méthoxylée ; la forme aglycone des flavones est stable et dans l'hétéroside, l'ose est fixé soit sur le carbone C7, soit sur le carbone C8 :

FLAVONENUM.gif

Voici quatre exemples de flavones naturelles :

 

Flavone

FLAVONE.gif

C5H10O2

Aspect :

Cristaux incolores.

Masse molaire :

222,239 g.mol-1

Fusion :

95°C

N° CAS :

525-82-6

Solubilité :

Cristaux solubles dans l'eau.

 

C'est une molécule que l'on retrouve dans plusieurs fruits et notamment les mandarines.

Comme tous les polyphénols elle a des propriétés antioxydantes (neutralisation des radicaux libres dans l'organisme).

A l'instar des isoflavonoÏdes, la flavone est un phyto- oestrogène ; elle possède des analogies structurales avec l'oestradiol ou l'oestrone, des stéroïdes endocriniens endogènes, ce qui lui confère des propriétés agonistes/antagonistes envers les récepteurs oestrogéniques.

 

Apigénine

ou

Apigénol

ou

4’,5,7-trihydroxyflavone

ou

5,7-dihydroxy-2-(4-hydroxyphényl)-4H-1-benzopyran-4-one

APIGENINE.gif

C15H10O5

Aspect :

Cristaux en aiguilles, jaunes.

Masse molaire :

270,237 g.mol-1

Fusion :

347,5°C

N° CAS :

520-36-5

Solubilité :

Très soluble dans l’ammoniaque dilué ; soluble dans l’éthanol, la pyridine ; insoluble dans l’eau.

 

Flavone ayant des propriétés anti-inflammatoires et anti tumorales. On trouve cette molécule dans le persil, le romarin…

Un des glucosides ayant comme aglycone l'apigénine s'appelle la vitexine, le glucose étant fixé sur le carbone C8 ; on trouve cette molécule dans plusieurs végétaux : l'arbre à poivre (ou gattilier vitex agnus-castus), la Passiflore, l'Aubépine ….

 

Lutéoline

LUTEOLINE.gif

C15H10O6

Aspect :

Aiguilles jaunes

Masse molaire :

286,236 g.mol-1

Fusion :

329°C (se décompose)

Solubilité :

Soluble dans l’éthanol, l’éther, le benzène, l’ammoniaque, l’acide sulfurique concentré ; légèrement soluble dans l’eau.

N° CAS :

491-70-3

 

Son nom vient du latin luteum = jaune (nom). C’est une substance commune présente dans de nombreuses plantes ; c’est elle qui donne leur belle couleur jaune aux fleurs du genêt (Genista tinctoria).

Elle a été utilisée pour fabriquer de la teinture jaune. Elle a été isolée du réséda jaunâtre (Reseda luteola) ou réséda des teinturiers, par Michel Eugène Chevreul un spécialiste, à son époque, des colorants.

Présente dans l'artichaut (cynara scolymus) on lui prête des vertus hypocholestérolémiantes (elle inhiberait la synthèse du cholestérol).

Un des glucosides ayant comme aglycone la lutéoline, s'appelle la cynaroside , le glucose étant fixé sur le carbone C7.

Tangérétine

TANGERETINE.gif

 

C20H20O7

Masse molaire :

372,4 g.mol-1

Fusion :

153°C

N° CAS :

481-53-8

 

 

Flavone polyméthoxylée qui a montré des effets antiprolifératifs et antioxydants.

On la trouve dans la peau des fruits du genre Citrus.

Son nom vient de la ville de Tanger (Maroc) par laquelle transitait les tangérines, agrume proche de la mandarine.

Un des glucosides ayant comme aglycone la tangérétine, s'appelle la tangérétine-4'-O-β-D-glucoside, le glucose étant fixé sur le carbone C4'.

 

                                   C-1-1-2) Les Flavonols (et les flavanonols) :

Ils ont une structure commune polyhydroxylée ; leur forme aglycone est très stable et dans l'hétéroside, l'ose est fixé sur l'oxygène du OH placé en position 3 :
FLAVANOL2

Le tableau ci-dessous complète la formule de quatre flavonols naturels :
FORME AGLYCONE DES PRINCIPAUX FLAVONOLS

R3'

R5'

 

H

H

Kaempférol

OH

H

Quercétine*

OH

OH

Myricétine

OCH3

H

Isorhamnétine

* La quercétine (hétéroside) représente 80% des flavonols totaux.

Remarque : Les couleurs des flavonols que nous allons donner dans le tableau ci-dessous et celles qu'ils communiquent aux plantes qui en contiennent peuvent varier en fonction de la concentration, du pH et de la présence d'autres composés dans le mélange.

 

Kaempférol

ou
3,5,7-trihydroxy-2-(4'-hydroxyphényl)-
1-benzopyran-4-one

KAEMPFEROL.gif


C15H1006
Aspect :

solide jaune cristallisé

Masse molaire :

286,23 g.mol-1
Fusion :

277 °C

Solubilité

Soluble dans l'éthanol chaud et l'éther diéthylique.

N° CAS

520-18-3

 

Comme tous les polyphénols c'est un antioxydant.

On le trouve dans de nombreux aliments : fruits (fraises notamment), légumes (poireaux épinards…), vin touge, thé.

Il est souvent associé aux tons jaunes de certains fruits et légumes.

Quercétine
ou
Xanthaurine
ou
3,3',4',5,7-pentahydroxy-
flavone

QUERCETINE.gif


C15H10O7
Masse molaire :
302,24 g.mol-1
Couleur :
jaune rouge.
Fusion :
316-317 °C
Ebullition :
Se sublime.
Solubilité:
Ethanol, acétone, acide acétique.

 

Puissant antioxydant, agissant en synergie avec les vitamines C,E et les caroténoïdes.
On en trouve sous forme de glycoside (dont elle constitue la partie aglycone) dans les oignons, les échalotes.
Cette molécule (inhibiteur d'enzyme) aurait un rôle dans la prévention des cancers digestifs(colon, oesophage, estomac, foie).

Donne une couleur allant du jaune au jaune vert aux fleurs ou fruits qui en contiennent.

Myricétine
ou
3,5,7-trihydroxy-2-(3',4',5'-trihydroxyphényl)-
1-benzopyran-4-one.

MYRICETINE.gif

 

C15H1008

Masse molaire :

318,2351 g.mol-1

Fusion

357°C

N° CAS

529-44-2

 

On le trouve dans de nombreux aliments : fruits (raisins, noix), légumes.

Il a été montré que l'association myricétine et quercétine que l'on trouve dans le jus des baies de canneberge empêche la corrosion dentaire (la canneberge (Vaccinium macrocarpon) est un arbuste des tourbières des régions froides, notamment les marécages du nord-est des Etats-Unis, dont les baies comestibles sont rouges et ont un goût acidulé).

Elle donne aux fruits et légumes qui en contiennent des couleurs allant du jaune au jaune vert.

 

Isorhamnétine
ou
3,5,7-trihydroxy-2-(4'-méthoxy-
3'-hydroxyphényl)-1-benzopyran-4-one.

ISORHAMNETINE.gif

 

C16H1207

Masse molaire :

316,26 g.mol-1

Fusion

307°C

N° CAS

480-19-3

 

On en trouve dans les feuilles de navet, les feuilles de moutarde et dans d'autres végétaux tel que par exemple le ginkgo biloba. Des études in vitro et chez l'animal, ont montré que cette molécule et ses dérivés avaient une action sur la concentration du glucose sanguin (diminution), une action antioxydante et une action dans le sens d'une réduction de l'activité d'enzymes liés au développement des cellules cancéreuses.

Comme la myricétine et la quercétine, elle donne une couleur allant du jaune au jaune vert aux fleurs ou fruits qui en contiennent.

 

Remarque :

Le dérivé dihydrogéné de la quercétine en 2,3

Taxifoline.gif

s'appelle la taxifoline.

Le dérivé dihydrogéné en 2,3 du kaempférol

AROMADEDRINE.gif

s'appelle l'aromadédrine.

Ces deux composés sont des flavonols dihydrogénés en 2,3 ; ils appartiennent à un groupe dérivé des flavonols que l'on appelle les Flavanonols.

 

            C1-2) Les flavanols et les flavanones :
Les flavanols et les flavanones ont pour structure de base le noyau flavane qui correspond au 2-phénylchromane

FLAVANE.gif

                        C-1-2-1) Les flavanols :

 

Ils ont une structure commune polyhydroxylée.
C

Dans cette famille nombreuse, il y a une majorité de flavan-3-ols c'est-à-dire de composés pour lesquels R3 est le groupe hydroxy –OH :

A 

C'est à ces composés que nous allons nous intéresser.

On remarque dans la structure commune, deux centres chiraux, en C2 et C3.

La catéchine correspond à 2 liaisons trans en C2 et C3 et l'épicatéchine à 2 liaisons cis.

Il y a donc 4 stéréoisomères :

- La (+)-catéchine et la (-)-catéchine

- La (+)-épicatéchine et la (-)-épicatéchine

 

Le tableau ci-dessous complète la formule de six flavanols que l'on désigne couramment par le terme général de catéchines:

 

PRINCIPAUX FLAVAN-3-OLS

 

R5'

 

H

(+) Catéchine

H

(-) Catéchine

H

(+) Epicatéchine

H

(-) Epicatéchine

OH

(+) Gallocatéchine

OH

(-) Epigallocatéchine

 

(+) Catéchine (2R,3S)

PLUSCATECHINE.gif

C15H14O6
Masse molaire

 290,268 g.mol-1
[α]D20 = 14,0° (c=1 dans l'eau)
Le racémique (dl-cis) :
Fusion

 212-214°C (se décompose)
Solubilité :

Ethanol, acétone.

Risques :
R : 36/37/38 S : 26-36

N° CAS :

154-23-4

 

On voit deux liaisons trans en C2 et C3.

Cette molécule inhiberait l'histidine décarboxylase, réduisant ainsi la conversion de la L-histidine en histamine.

 

(-) Catéchine (2S,3R)

MOINSCATECHINE.gif

C15H14O6

Masse molaire

 290,268 g.mol-1
α]D20 = -14,0° (c=1 dans l'eau)

Le racémique (dl-cis) :
Fusion

 212-214°C (se décompose)
Solubilité :

Ethanol, acétone.

Risques :
R : 36/37/38 S : 26-36

N° CAS :

154-23-4

 

On voit deux liaisons trans en C2 et C3.

 

 

(+) Epicatéchine (2S,3S)

PLUSEPICATECHINE.gif

C15H14O6
Masse molaire

 290,268 g.mol-1
Fusion pour le racémique

 243°C (se décompose)

 

 

(-)Epicatéchine

MOINSEPICATECHINE.gif

C15H14O6
Masse molaire

 290,268 g.mol-1
Fusion pour le racémique

 243°C (se décompose)

Pouvoir rotatoire

[α]20 = -54° (c=1 dans l'eau + l'acétone 1:1)

Solubilité :

Ethanol, acétone
N° CAS

490-46-0

 

(+)Gallocatéchine (2R,3S)

PLUSGALLOCATECHINE.gif

C15H14O7

Masse molaire

 306,267 g.mol-1
Fusion (racémique)

 170 °C

N° CAS (dl)

1617-55-6

 

(-)Epigallocatéchine

MOINSEPIGALLOCATECHINE.gif

C15H14O7

Masse molaire

 306,267 g.mol-1
Fusion (racémique)

 170 °C

N° CAS (dl)

1617-55-6

           

            - Propriétés des catéchines

                                   - Les catéchines les plus fréquentes dans la nature sont la (+) Catéchine et la (-)Epicatéchine

                                   - Les catéchines sont présentes dans beaucoup de végétaux en particulier les feuilles de thé vert, le cacao et des fruits (pomme ou raisin par exemple) ou dans des produits transformés comme le vin et le chocolat. On trouve également dans l'alimentation les catéchines qui ont été citées, galloylées, c'est-à-dire estérifiées au niveau de l'hydroxyle en C3 par l'acide gallique comme par exemple le (-)-gallate d'épigallocatéchine ou EGCG qui est la principale catéchine du thé vert :

EGCG.gif

On trouve aussi surtout dans le thé noir, un dimère de l'épigallocatéchine :

Le théasinensine A

THEASINENSINEA.gif

 

ainsi que le diester avec l'acide gallique des OH portés par les carbones C3 :

Le théasinensine B

THEASINENSINEB.gif

 

                                   - Comme tous les phénols qui contiennent des fonctions orthodiphénoliques, les catéchines sont capables de chélater les cations métalliques trivalents comme le Fe(III).

Les complexes formés sont stables dans l'intestin et de ce fait limitent l'absorption du fer non associé à l'hème (fer non hémique), ce qui entraînerait une absorption de fer moindre chez les buveurs réguliers de thé.

                                  

                                   - Astringence : la présence de catéchines dans les aliments induit une sensation dans la bouche, une sécheresse avec l'impression de contraction de la muqueuse buccale. C'est une des principales propriétés des tannins que nous étudierons plus loin dans cet article.

 

                        C-1-2-2) Les flavanones:

On va donner quelques représentants de la famille :

 

Butine

ou

3',4',7-trihydroxyflavanone

BUTINE

C15H1205

Masse molaire :

272,253 g.mol-1

N° CAS

492-14-8

 

 

Hespérétine

ou

3',5,7-trihydroxy-4'-méthoxyflavanone

HESPERETINE

C16H14O6

Aspect :

Plaques légèrement jaunes (lorsque recristallisé dans l'éthanol dilué au demi dans l'eau)

Masse molaire :

302,278 g.mol-1

Fusion :

227,5°C

Ebullition :

Se sublime à 205°C

N° CAS :

520-33-2

Solubilité :

Très soluble dans l'éther et l'éthanol.

C'est une flavanone ; on la trouve principalement dans les écorces d'agrumes (oranges, citrons, pamplemousses…).

Possède des propriétés vasculoprotectrice, veinotonique et à ce titre entre dans la composition de plusieurs médicaments (Daflon ®…). C'est aussi un anti-hémorroïdaire.

Eriodictyol

ou

(S)-3',4',5,7-tétrahydroxyflavanone

 

ERIODICTYOL

C15H12O6

Aspect :

Cristaux en plaques ou en aiguilles (lorsque la recristallisation a eu lieu dans l'éthanol).

Masse molaire :
288,252 g.mol-1
Fusion :
267°C (se décompose)

N° CAS :

552-58-9
Solubilité :

Très soluble dans l'éthanol et l'acide éthanoïque.

 

Cette flavanone réduit l'amertume des composés amers (caféine, quassine, …) ; on trouve cette molécule dans l'Herba Santa (Eriodictyon californicum) plante d'Amérique du nord, mais aussi dans le citron (Citrus lemon) sous forme d'hétéroside.

 

Naringénine

ou

4',5,7-tétrahydroxyflavanone

 

NARINGENINE

C15H12O5
Aspect :

Aiguilles (lorsque recristallisé dans l'éthanol dilué)

Masse molaire :

272,253 g.mol-1
Fusion :
251°C

N° CAS :

480-41-1

Solubilité :

Très soluble dans le benzène, l'éther, l'éthanol.

 

Flavanone extraite de l'écorce de pamplemousse et autres citrus, elle sert à rendre amers, en particulier les "toniques".

La naringénine est responsable d'interactions avec certains médicaments.

 

 

            C-1-3) Les anthocyanidines (ou anthocyanidols) :
Ils constituent la partie aglycone des anthocyanes.
Les anthocyanidines ont pour structure de base l'ion flavylium :
FLAVONE2.gif
Ils ont une structure commune polyhydroxylée; le tableau ci-dessous complète la formule de six anthocyanidines :
ANTHOCYANIDOLS2
PRINCIPAUX ANTHOCYANIDOLS

 

R3'

R5'

 

H

H

Pélargonidine

OH

H

Cyanidine

OCH3

H

Paeonidine

OH

OH

Delphinidine

OCH3

OCH3

Malvidine

OH

OCH3

Pétunidine

 

Pélargonidine
(Chlorure de)

ou
chlorure de 3,4',5,7-tétrahydroxyflavylium

PELARGONIDINE.gif
C15H11O5Cl
Masse molaire :

306,745 g.mol-1
Aspect :

Pigment de couleur rouge brun.

Fusion :

F> 350°C
Solubilité :

Soluble dans l'eau ; très soluble dans l'éthanol.
Ce composé est orangé à pH<1.

N° CAS :

134-04-3

 

Anthocyanidine, obtenue par hydrolyse en présence d'acide chlorhydrique d'anthocyanes (pigments donnant leur très belles couleurs et très variées aux fleurs, fruits et baies).

On en trouve en grande quantité dans les géraniums (nom latin Pelargonium d'où son nom).Elle est à l'origine des couleurs roses, rouges, violettes dans les fleurs.

Cyanidine

(Chlorure de)

ou

chlorure de 3,3',4',5,7-pentahydroxyflavylium

 

CYANIDINE.gif

Forme rouge (pH <3)

CYANIDINEJAUNE.gif

Forme violet rouge (pH proche de 7)

CYANIDINEBLEUE.gif

Forme bleu-vert (pH> 7)

 

C15H11O6Cl
Masse molaire :

322,745 g.mol-1
Aspect :

Suivant le pH la couleur varie du rouge au bleu-vert en passant par le violet rouge (voir plus haut).

N° CAS :

528-58-5

 

Elle est responsable du coloris rouge violet des oeillets par exemple (avec ceux de la pélargonidine), ainsi que de la couleur rouge du chou.

Paeonidine
(Chlorure de)
ou
chlorure de
3,5,7-trihydroxy-2-(4'-hydroxy-3'-
méthoxyphényl)chromène

 PAEONIDINE.gif

C16H13Cl06

Masse molaire :

336,723 g.mol-1
Aspect :
Composé

- rouge à pH<1

- rouge violacé à pH 5

- bleu profond à pH 8

N° CAS :

134-01-0

 

On la trouve dans certaines variétés de pivoines (genre Paeonia) ; elle est responsable de la coloration rose, rouge clair ou rouge foncé des pétales de ces fleurs.

Delphinidine
(Chlorure de)

ou
chlorure de 3,3',4',5',7-hexahydroflavylium.

DELPHINIDINE.gif
C15H11ClO7
Masse molaire :

338,70 g.mol-1
Fusion :

> 350 °C
Solubilité :

Eau, éthanol.
Aspect :

Ce composé est violet à pH<1.

N° CAS :

528-53- 0

 

Le nom delphinidine est dérivé de "delphinium" qui est le nom d'un genre de plantes à fleurs, notamment connues sous le nom de "dauphinelles" ; ce nom est à son tour tiré du nom grec "delphis" signifiant "dauphin", en raison de la forme des boutons floraux qui ressemblent à un dauphin.

La molécule de delphinide  est présente dans diverses plantes et est généralement associée aux couleurs bleu-violet ou violet foncé de celles-ci.

Sa structure assez proche de certaines hormones œstrogènes (phyto-oestrogènes) lui permet d’utiliser l’un des récepteurs de ces hormones (ERα) et d’avoir le même effet vasodilatateur sur les vaisseaux sanguins qu’elles. Ce polyphénol présent dans le vin rouge aurait donc une action protectrice sur nos vaisseaux sanguins.

Malvidine
(Chlorure de)
ou
chlorure de 3,5,7-trihydroxy-2-(4'-hydroxy-3'-5'-
diméthoxyphényl)chromène
ou
chlorure de syringidine

MALVIDINE2.gif
C17H15Cl07
Masse molaire :

366,76 g.mol-1
Fusion :

> 300 °C
Solubilité :

Ethanol.

Aspect :
Composé violet à pH<1.

N° CAS :

528-39-2

 

Présente dans de nombreuses plantes (par exemple les primevères et les rhododendrons) ; elle participe à la coloration des pétales et des fruits.

Elle donne aux raisins rouges leur couleur pourpre et aux myrtilles leur couleur bleue.

Notons que c'est elle qui est responsable de la couleur violette de la chair des pommes de terre de la variété "vitelotte".

Pétunidine

(Chlorure de)
ou
chlorure de 3,3',4',5,7-pentahydroxy-5'-méthoxyflavylium.

PETUNIDINE.gif

C16H13ClO7

Masse molaire :

352,770 g.mol-1
Solubilité :

Généralement soluble dans des solvants polaires comme l'eau ou des mélanges eau et éthanol.

Aspect :

Composé généralement rouge à violet
N° CAS :

1429-30-7

 

Présente dans certaines baies (groseilles) et certains pétales de fleurs, par exemple la fleur de pétunia (d'où son nom) ; elle contribue avec la cyanidine, la malvidine et la paeonidine aux couleurs de cette fleur.

 

            C-2) Les isoflavonoïdes

Ils sont moins répandus dans le règne végétal ; ils prédominent par exemple dans les fèves de soja et d'autres légumineuses. On a rapporté la présence d'isoflavonoïdes dans certains microbes.

Structure générale de base : 3-phénylchromane (ou isoflavane)

 

ISOFLAVANE.gif

Ces molécules forment une classe de composés appelés isoflavonoïdes.

La plupart sont biologiquement actives et souvent considérées comme des phytoestrogènes.

Comme les flavonoïdes, la famille est très grande et on peut les classer en

- Isoflavones

- Isoflavanones

- Isoflavanes

                        C-2-1) Les isoflavones

Essentiellement présentes dans des légumineuses, graines de soja surtout, mais aussi lentilles et pois.

On leur prête un rôle important comme précurseurs dans le développement des phytoalexines lors d'une interaction plante microbe.

Le nom de cette famille vient de ce que le squelette commun à tous les membres est le noyau isoflavone :

ISOFLAVONE2

Les trois principales isoflavones sont :

 

Génistéine

Daidzéine

Glycitéine

GENISTEINE.gif

DAIDZEINE.gif

GLYCITEINE.gif

 

On peut récapituler l'ensemble des molécules d'isoflavones (aglycones et glucosides) qui correspondent aux trois citées dans le tableau précédent :

 

 

R1

R'1

R''1

R2

R3

Daidzéine

H

-

-

H

H

Glycitéine

H

-

-

O-CH3

H

Génistéine

H

-

-

H

OH

Daidzine

différent de H

H

-

H

H

Glycitine

différent de H

H

-

O-CH3

H

Génistine

différent de H

H

-

H

OH

Acétyldaidzine

différent de H

différent de H

H

H

H

Acétylglycitine

différent de H

différent de H

H

O-CH3

H

Acétylgénistine

différent de H

différent de H

H

H

OH

Malonyldaidzine

différent de H

différent de H

différent de H

H

H

Malonylglycitine

différent de H

différent de H

différent de H

O-CH3

H

Malonylgénistine

différent de H

différent de H

différent de H

H

OH

 

ISOFLAVONE3

 

                        C-2-2) Les isoflavanones.

Le squelette commun à tous les membres de cette famille est le noyau isoflavone dihydrogéné en C2C3,

D

Nous donnerons trois représentants d'isoflavanones

 

Dihydrodaidzéine

Dihydrogénistéine

Dihydroglycitéine

DIHYDRODAIDZEINE.gif

DIHYDROGENISTEINE.gif

DIHYDROGLYCITEINE.gif

 

            C-3) Les néoflavonoïdes

 

Structure générale de base : 4-phénylchromane (ou néoflavane) :

 

SQNEOFLAV.gif

Nous donnerons quatre représentants de néoflavonoïdes :

On remarquera que dans ces molécules la fonction cétone n'est plus sur le carbone n°4 comme cela était le cas pour les isoflavonoïdes,mais sur le carbone n°2.

On remarquera aussi que le Dalbergichromane ne porte pas de fonction cétone, c'est un néoflavène.

 

Néoflavone

NEOFLAVONE.gif

C15H12O2

Masse molaire :

254,255 g.mol-1

N° CAS

491-30-3

 

Cette molécule, du type néoflavone, se trouve dans diverses plantes et notamment le Sophora japonica (aussi appelé "Pagode de Chine") et dans d'autres espèces de la famille des Fabacées.

Calofloride

CALOFLORIDE.gif

C30H36O5

Masse molaire :

476,604 g.mol-1

N° CAS

 

Cette molécule, du type néoflavone, est présente dans les Callophyllacées (Callophyllum inophyllum) et les Clusiacées ; elle contribue aux propriétés oxydantes et cicatrisantes de leurs huiles.

Calophyllolide

CALOPHYLLOLIDE.gif

C26H24O5

416,4658 g.mol-1

N° CAS

548-27-6

 

Cette molécule, du type néoflavone, est présente dans les Callophyllacées ; elle possède des propriétés biomédicales et cosmétiques intéressantes.

Dalbergichromène

ou

7-méthoxy-4-phényl-2H-chromen-6-ol

DALBERGICHROMANE.gif

C16H14O3

Masse molaire :

254,281 g.mol-1

N° CAS

576-32-7

 

Cette molécule est du type néoflavène (sa structure centrale (C) ne porte pas =O) ; on la trouve dans le Sesham ou rosier d'Inde du nord (Dalbergia sissoo).

 

            C-4) D'autres types structurels de flavonoïdes :

On peut aussi considérer que d'autres structures peuvent être désignées par le terme flavonoïdes ; ce sont :

 

                        C-4-1) Les chalcones

Ce sont des pigments jaunes de structure phénolique que l'on trouve dans les végétaux supérieurs sous forme libre et sous forme d'hétérosides.

Elles dérivent des flavanones par ouverture de l'hétérocycle et elles possèdent une fonction cétone α,β-éthylénique.

Comme les flavonoïdes, les chalcones ont une activité vitaminique P sur la résistance vasculaire.

La chalcone correspond à la molécule suivante qui n'est pas un flavonoïde :

CHALCONE

Les chalcones flavonoïdes correspondent à la chalcone portant un ou plusieurs groupes hydroxy sur les noyaux benzéniques.

Exemples :

 

Naringénine chalcone

NARINGENINECHALCONE

 

C15H12O5

Masse molaire :

272,253 g.mol-1

N° CAS

480-41-1

 

Elle est présente dans l'écorce de certains agrumes, par exemple le pamplemousse et dans la peau des tomates.

Elle est faiblement hydrosoluble et s'isomérise spontanément en naringénine qui est une flavanone.

Hespérétine chalcone

HESPERITINE1.gif

 

C16H14O6

Masse molaire :

302,279 g.mol-1

N° CAS

75679-30-0

 

On la trouve dans l'écorce de certains agrumes comme les oranges, les citrons, les pamplemousses, ainsi que dans certains types de thé.

Comme de nombreux flavonoïdes elle présente une activité antioxydante (neutralisation des radicaux libres dans l'organisme, contribuant ainsi à la protection de celui-ci contre le stress oxydatif). Des travaux lui attribuent des effets anti-inflammatoires.

Pinostrobine chalcone

ou

2',6'-dihydroxy-4'-métoxychalcone

PINOSTROBINE2.gif

C16H14O4

Masse molaire :

270,280 g.mol-1

Aspect :

Poudre jaune

Solubilité :

Chloroforme, dichlorométhane, DMSO, Acétone.

N° CAS

18956-15-5

 

Extrait des graines de Piper aduncum (poivriers à épis crochus) et de Cajanus cajan (Pois d'Angole).

C'est un inhibiteur puissant de l'accumulation des triglycérides (adipogénèse).

Isoliquiritigénine

ou

2',4,4'-trihydroxychalcone

ISOLIQUI2.gif

C15H12O4

Masse molaire :

256,253 g.mol-1

N° CAS

961-29-5

 

Chalcone présente dans la réglisse ; elle est utilisée pour lutter contre la dépendance à la cocaïne.

Phlorétine

PHLORETINE.gif

C15H14O5
Aspect :

Cristaux en aiguilles (lorsque recristallisé dans l'éthanol dilué).

Masse molaire :

274,269 g.mol-1
Fusion :
263°C (se décompose)
Solubilité :
Miscible à l'éthanol et au benzène ; soluble dans l'acétone ; légèrement soluble dans l'eau et le chloroforme ; insoluble dans l'éther.

N° CAS :

60-82-2

C'est une dihydrochalcone partie aglycone d'un hétéroside la phloridzine dont la partie glucidique est le β-D-glucose qui est une substance à saveur sucrée intense, présente dans l'écorce de plusieurs arbres fruitiers, pommiers, poiriers, cerisiers. L'INRA a mis au point à partir de la phloridzine un colorant jaune appelé jaune POP (pour Produit d'Oxydation de la Phloridzine) destiné à remplacer la tartrazine (colorant alimentaire E 102).

 

 

                        C-4-2) Les aurones

Structurellement elles dérivent des chalcones avec formation d'un cycle central à 5 atomes de carbone au lieu de 6 pour les autres flavonoïdes :

Structure générale d'une aurone :

AURONE.gif

Elles sont impliquées dans la coloration jaune intense de nombreuses astéracées, comme le dahlia (Dahlia variabilis)

Comme la plupart des autres flavonoïdes elles sont considérées comme des agents pharmacologiques de premier ordre.

Quelques aurones naturelles et leurs familles végétales associées :

 

SULFURETINE.gif

HISPIDOL.gif

Sulfurétine

(Astéracées, Anacardiacées)

Hispidol

(Légumineuses)

LEPTOSIDINE.gif

ANTIARONE.gif

Leptosidine

(Légumineuses)

Antiarone A

(Moracées)

 

 

-D- Les tannins

            D-1) Introduction

Les tannins sont des composés polyphénoliques présents dans de nombreuses plantes (disposés dans les vacuoles et les parois, ils représentent de 15 à 25% du poids sec de la plante (jusqu’à 40% dans l’écorce et 50% dans certaines galles)), y compris les fruits et dans des substances dérivées des plantes, thé, vin. On en trouve aussi dans le bois.

Ils représentent un des quatre groupes de métabolites secondaires des plantes supérieures avec les saponines, les huiles essentielles et les alcaloïdes ; ils sont utilisés par les végétaux comme moyen de défense chimique contre les microbes pathogènes et les herbivores et on les trouve donc dans les parties externes de ces plantes : écorce, racines, feuilles, fruits …..(voir annexe 7).

Ils sont responsables de la saveur astringente (propriété d'une substance à resserrer les tissus) de certaines boissons et de certains aliments.

Ils sont utilisés dans diverses industries notamment en œnologie (en formant des complexes avec des protéines, ils participent au processus de clarification des vins), dans la fabrication des cuirs (ils rendent les peaux imputrescibles) et dans certains additifs alimentaires ; Ils entrent aussi dans la fabrication des encres et des adhésifs.

 

Les tannins sont généralement amorphes ; ils se dissolvent dans l'eau sous forme de solutions colloïdales. Ils sont aussi solubles dans l'éthanol, l'acétone ; ils sont par contre insolubles dans les solvants apolaires.

Ils sont précipités par de nombreux réactifs et en particulier certains sels métalliques (Fe,Pb,Zn,Cu ..)

Avec les sels ferriques ils donnent des précipités colorés :

            - Bleu-noir avec des tannins hydrolysables.

            - Brun vert avec des tannins condensés.

            D-2) Structure chimique 

Ils sont constitués de sous-unités flavonoïdes et de phénols.

Ils se caractérisent par la capacité à se lier aux protéines et aux polysaccharides et de les faire précipiter..

Il existe plusieurs types de tannins :

                        D-2-1) Les tannins hydrolysables

Ce sont des combinaisons complexes de glucose et d'acides polyphénoliques comme l'acide gallique, l'acide digallique, l'acide ellagique, l'acide hexahydrodiphénique.

Par hydrolyse acide, ces tannins se décomposent en glucose et en acides galliques ou ellagiques.

 

ACIDEGALLIQUE.gif

ACIDE TANNIQUE.gif

ELLAGIQUE.gif

 

HHPD.gif

Acide gallique

Acide digallique

Acide ellagique

Acide hexahydrodiphénique

                                                                                                                                                        

                                   D-2-1-1) Tannins de l'acide gallique ou gallotannins

             

            - Le plus simple est le 1-O-galloyl-β-D-glucopyranose ou β-Glucogallin

TANINLEPLUSSIMPLE.gif

 

            - Le β-PGG est le β-1,2,3,4,6-penta-O-galloyl-β-D-glucose est le prototype des gallotanins.

TANINLEPLUSSIMPLE2.gif

           

            - Avec l'acide digallique, par exemple, que l'on trouve dans l'écorce de chêne, l'écorce de châtaigner et dans les noix de galle et qui estérifie l'ensemble des groupes hydroxyle du glucose, on obtient :

Tannin.gif

            - L'acide tannique qu'on trouve aussi dans l'écorce de chêne, l'écorce de châtaigner et dans les noix de galle pour fabriquer des encres (encre métallo-gallique qu'on utilisait au Moyen-âge) (voir annexe 3), comme colorant alimentaire(E181) et pour traiter certains ulcères cutanés ainsi que comme antidiarrhéique sous forme de lavements en médecine vétérinaire, ces usages étant liés à ses propriétés astringentes ; on s'en sert aussi pour passiver la corrosion du fer.

ACIDETANNIQUE.gif

L'hydrolyse acide de ces molécules libère le glucose et l'acide gallique.

Ces gallotannins simples se trouvent dans la nature dans des espèces botaniques comme Acer (érables), Quercus (chênes), Rhus (sumacs), Pelargoniums Acacia (mimosas), mais ils sont relativement rares.

 

                                   D-2-1-2) Tannins de l'acide ellagique ou ellagitannins

 

C'est le plus grand groupe de tannins hydrolysables connu.

Il s'agit d'esters de l'acide hexahydrodiphénique (HHDP) avec généralement le β-D-glucose.

Par hydrolyse, les ellagitannins libèrent des acides diphéniques qui se réarrangent spontanément en acide ellagique.

Trois exemples :

 

ELLAGITANNIN1.gif

CASUARICTINE.gif

VESCALAGINE.gif

Pedunculagine

La pédunculagine est un ellagitannin. Elle est formée à partir de la casuarictine par la perte d'un groupe gallate.

On la  trouve dans le péricarpe des grenades (Punica granatum)  ainsi que  dans les noix. C'est l'un des principaux ellagitanins du bois de chêne avec la castalagine, la vescalagine, la grandinine et les roburines A-E. On le trouve également dans la groseille à maquereau indienne (Phyllanthus emblica).

La galloylpédunculagine se trouve dans Platycarya strobilacea.

Casuarictine

La casuarictine est un ellagitannin. On la trouve dans les espèces Casuarina et Stachyurus.

Elle est formée de deux unités d'acide hexahydroxydiphénique et d'une unité d'acide gallique liées à une molécule de glucose.

La molécule est formée à partir de la tellimagrandine II, elle-même formée à partir du pentagalloyl glucose par oxydation. La casuarictine est transformée en pédunculagine par la perte d'un groupe gallate, puis en castalagine par l'ouverture du cycle pyranose du glucose.

Vescalagine

Ellagitanin que l'on trouve dans le bois de chêne (par exemples Quercus robur, ou Quercus petraea, ou Quercus pyrenaica) avec lequel on confectionne les tonneaux destinés à contenir le vin.

La vescalagine peut agir contre les ostéoclastes, cellules naturellement chargées de dégrader les os afin qu'ils puissent se renouveler ; elle agit contre l'actine protéine importante pour l'architecture des cellules ; elle dégrade le réseau d'actine la transformant en pelotes amorphes.

 

 

Ils peuvent être sous forme de monomère ou d'oligomères.

 

                        D-2-2) Les tannins condensés

Encore appelés proanthocyanidines les tannins condensés sont formés par la polymérisation d'unités flavan-3-ols en dimères, oligomères (entre 2 et 10 monomères) ou polymères (> 10 monomères).

Les flavan-3-ols que l'on trouve le plus couramment dans les tannins condensés sont la catéchine, l'épicatéchine, la gallocatéchine et l'épigallocatéchine.

Ces tannins se distinguent les uns des autres par la nature des flavan-3-ols qui les composent, mais aussi par les positions et et les  types de liaisons inter-flavonoïdes.

On distingue 2 types de liaisons inter-flavonoïdes :

            - Liaisons carbone-carbone

Ces liaisons se forment entre le carbone C4 de l'unité supérieure et le carbone C8 de l'unité inférieure (et plus rarement C6) :

 

 

BC4C8.gif

BC4C6.gif

Liaison C-C entre C4 et C8

Liaison C-C entre C4 et C6

 

            - Liaisons aryle-aryle :

Plus rares, elles se forment à l'intérieur d'une même unité monomère lors de la polymérisation des tannins condensés.

 

BC4C8C2C7.gif

 Liaisons : C2-O (lié à C7) et C-C entre C4-C8

 

Remarque : les groupes R1 et R2 correspondent à H ou OH suivant les composés, ce qui est explicité ci-dessous :

 

 

Composés

R1

R2

CATECHINE.gif

 

 

- Catéchine

 

- Gallocatéchine    

 

 

H

 

OH

 

 

OH

 

OH

EPICATECHINE.gif

 

 

- Epicatechine

 

- Epigallocatechine

 

 

  H

 

   OH

 

 

    OH

 

   OH

 

Remarque : une nouvelle famille de tannins condensés a été découverte, les tannins couronnes (Zeng, L. "Etude de la composition macromoléculaire du raisin et des vins : Impact sur la qualité sensorielle" Thèse de doctorat, Université de Bordeaux, 2015)

COURONNES.gif 

L'exemple ci-dessus est un tétramère couronne composé de quatre unités de base d'épicatéchine.

 

                        D-2-3) Les tanins complexes

Il s'agit d'une condensation entre une unité de tannin hydrolysable et une unité de tannin condensé ou une molécule de flavanol ; Il s'est établi une liaison C-C entre C1 du glucose du tannin hydrolysable et C6 ou C8 de la molécule de flavanol ou du tannin condensé.

Deux exemples :

 

ACUTISSIMINEA

 

ACUTISSIMINEBgif

 

Acutissimine A

Acutissimine B

 

Tanins complexes présents dans l'écorce des chênes asiatiques (Quercus acutissima et Quercus miyagii) mais aussi dans Quercus petraea.

Il s'agit d'une unité ellagitanin C-glycosidique identique à la vescalagine connectée une unité flavan-3-ol, la catéchine.

Le bois de cœur de Quercus petraea étant utilisé pour fabriquer des barriques destinées à contenir du vin, il n'est pas anormal de trouver dans le vin de l'acutissimine A ou B.

Par ailleurs, les deux unités isolées, catéchine d'une part et vescalagine d'autre part existent la première dans le vin et la seconde dans le bois de chêne ; il n'est donc pas non plus anormal de penser qu'une réaction se produit dans le vin lorsqu'il est élevé en fûts de chêne, conduisant à l'acutissimine A ou B.

On prête à ces molécules des propriétés anti-cancéreuses ; elles inhiberaient l'action d'une enzyme la topoisomérase II, impliquée dans le développement des cellules cancéreuses.

 

                        D-2-4) Les phlorotannins

Ce sont des tannins que l'on trouve principalement dans les algues hétérocontes (algues brunes telles que le fucus vesiculosus, les diatomées) mais aussi dans l'algue kombu et l'algue wakamé (consommées au Japon), courantes dans les environnements marins.

Du point de vue structurel, ce sont des oligomères du phloroglucinol ; en voici quatre exemples :

 

ECKOL.gif

 

FUCOPHLORETHOL.gif

Eckol

Fucophloréthol

 

 

 

 

 

TETRAFUCOLA.gif

TRIFUCOTRIPHLORETHOL.gif

Tétrafucol A

Trifucotriphloréthol

 

            D-3) Formation des complexes tanins-protéines : (d'après "Influence des tanins sur la valeur nutritive des aliments des ruminants" N.Zimmer, R. Cordesse INRA, ENSA Montpellier).

Des liaisons hydrogène peuvent se former entre les fonctions hydroxyles des groupements phénols des tannins et les groupements amine libres des protéines, les groupements carboxyliques ou le groupement aminé des liaisons peptidiques. Toutes ces liaisons sont réversibles. Seule l'oxydation des groupements phénols ou la présence de groupements aldéhydes sur le corps du tannin (comme le sucre des tannins hydrolysables) peuvent engendrer des liaisons covalentes, c'est-à-dire une situation irréversible.

Les tanins se fixent de préférence aux protéines, mais aussi à des polyosides telles les celluloses, les hémicelluloses ou les pectines.

Les tannins ont une grande affinité pour les prolamines (voir annexe 4), le collagène et la gélatine.

Ces protéines contiennent toutes une forte proportion de proline, un acide aminé

PROLINE2.gif

responsable de la structure tridimensionnelle ouverte et flexible de la protéine, favorisant la fixation des tannins sur divers groupements. De plus le résidu proline se lie fortement avec les tannins.

Plusieurs conséquences et applications découlent de cette propriété des tannins à former des complexes avec les protéines.

                       

                        D-3-1) Astringence - Amertume

important dans le goût des aliments et des boissons. (d'après"Les dessous de l'astringence" INRAE). Cependant l'astringence ne doit pas être confondue avec un goût, elle est en réalité une sensation tactile.

Le mécanisme exact de ce phénomène n'est pas parfaitement maîtrisé, mais on peut dire qu'il met en jeu des protéines qui participent au pouvoir lubrifiant de la salive, comme la mucine (voir annexe 5).

La réaction entre ces protéines et les tannins qu'apportent les vins un peu jeunes ou le chocolat noir ou le thé ou les artichauts crus entraîne une neutralisation des protéines salivaires qui a pour conséquence une diminution de l'effet lubrificateur d'où une augmentation des frottements.

Parmi les domaines où cette astringence joue un rôle important, on peut citer l'œnologie :

Elle est un aspect clé en œnologie car elle influence la texture, le goût et la structure d'un vin. Voici son importance :
            - Texture : L'astringence est souvent associée à la sensation de sécheresse en bouche due aux tanins présents dans le vin. Cette texture contribue à l'équilibre en contrant la douceur du vin, ce qui est essentiel, surtout dans les vins rouges.
            - Vieillissement : Les tanins qui causent l'astringence évoluent avec le temps, contribuant à la complexité et à la structure des vins qui vieillissent bien (voir annexe 6).
            - Accords mets-vins : L'astringence peut influencer les accords mets-vins, en complétant ou contrastant avec la texture des plats. Par exemple, un vin tannique peut bien accompagner une viande riche.
Les complexes protéine-tanin ont deux effets importants. D'abord, ils précipitent les protéines de la viande, ce qui peut réduire la perception de la rugosité de la texture. Deuxièmement, ces complexes peuvent lier les molécules de graisse de la viande, ce qui peut atténuer la sensation de lourdeur due aux graisses.
            - Qualité : L'astringence équilibrée contribue à la qualité globale du vin. Un excès d'astringence peut rendre un vin désagréable, tandis qu'une astringence bien maîtrisée peut améliorer son attrait.
En résumé, l'astringence est un élément fondamental de l'œnologie, car elle influe sur l'expérience sensorielle et la qualité des vins, en particulier dans le cas des vins rouges.

Contrairement à l'astringence qui est une sensation tactile, l'amertume est un goût car il résulte d'une interaction entre les tannins et des récepteurs localisés en bouche. La sensation d'amertume dépend de plusieurs facteurs : masse moléculaire du tannin, son degré de polymérisation, sa stéréochimie.

L'amertume est importante pour les flavonoïdes monomériques tels que la catéchine ou l'épicatéchine, mais sera faible pour les tannins du vin dont la masse molaire dépasse 500g/mol.

Un milieu riche en éthanol va augmenter l'amertume ressentie alors que la présence de sucre tend à la diminuer.

                         D-3-2) Le tannage des peaux

Le tannage des peaux est un processus utilisé pour transformer les peaux d'animaux en cuir ; la richesse en proline des protéines de ces peaux les rend plus sensibles au tannage.

Le tannage implique généralement l'utilisation de tannins pour stabiliser les protéines du cuir et améliorer ses propriétés physiques ; il nécessite beaucoup d'étapes ; chimiquement parlant cela revient à former des complexes tanins-protéines en quantités suffisantes pour rigidifier la structure d'une façon optimale.

Il existe plusieurs méthodes de tannage, dont celle aux tannins naturels qui est appelé tannage végétal (qui correspond à environ 20% de la production mondiale) et celle utilisant des métaux et en particulier le chrome (III) qui est dit tannage minéral (correspondant à environ 70% de la production mondiale), les 10% restants correspondent à des tannages par des tannins artificiels.

C'est le derme des peaux, une matière riche en collagène qui intervient dans ce processus (voir annexe 8).

 

                                   - Le tannage minéral au chrome(III) est le plus utilisé, il est rapide (24h) économique et donne au cuir souplesse et élasticité ; il est surtout utilisé pour les peaux qui manquent de densité ; en effet il "remplit" la structure fibreuse.

Ce tannage commence par une imprégnation des peaux par une solution de sulfate de chrome(III) à pH 2,0-2,5 puis se termine en accroissant le pH à 3,5-4,0.

Le chrome établit des liaisons de coordination avec les radicaux contenant la fonction carboxylique ionisée sur le collagène. Cela met en jeu les acides aspartique et glutamique dont les pKa sont très proches de 4. Seulement 50% des  radicaux aspartiques et glutamiques  réagissent. Néanmoins des pontages mettant en jeu deux ou trois atomes de chrome se forment entre les chaînes protéiniques. (https://new.societechimiquedefrance.fr/wp-content/uploads/2019/12/2006-293-janv-Degache-p.3.pdf).

AUCHROM.gif

La formation de ponts Cr-O-Cr entre les chaînes peptidiques à l'intérieur et à l'extérieur de la triple hélice a été établie.

A ce stade les peaux de bovins sont généralement sciées dans l'épaisseur.

On obtient deux parties donc sensiblement deux fois la surface d'origine, la fleur à l'extérieur et la croûte, plus grossière, à l'intérieur.

Ce tannage est beaucoup utilisé dans l'industrie de la chaussure et des articles de maroquinerie.

                                   - Le tannage aux tannins naturels

Utilisé bien avant le tannage au chrome, il met en jeu aussi bien des tannins hydrolysables que des tannins condensés. L'opération dure beaucoup plus longtemps (plusieurs jours, voire plusieurs semaines).

Ce tannage est surtout utilisé pour les vêtements, la sellerie, les ceintures et les produits artisanaux.

                                   - Le tannage aux tannins de synthèse

Deux exemples de tannins de synthèse :

GLUTARAL.gif

Principe de réticulation par le glutaral (les groupes amino, proviennent des radicaux lysine et arginine du collagène).

GLUTARAL1.gif

 

Les liaisons formées sont dans ce cas irréversibles.

Dans la pratique le glutaral étant très réactif on préfère le modifier en formant un dihémiacétal avec un alcool gras ; dans le bain de tannage cet acétal s'hydrolyse en libérant le glutaral qui réagit.

GLUTARAL2.gif

Ces types de tannage sont réservés aux cuirs de haute qualité et à ceux utilisés dans la haute technologie ; en effet ils confèrent au cuir des propriétés de résistance à l'eau, de durabilité et de stabilité dimensionnelle.

                        D-3-3) Autres domaines où les tannins ont de l'importance :

Les tannins ont de l'importance dans plusieurs domaines en raison de leurs propriétés chimiques et de leurs effets sur la texture, le goût et d'autres caractéristiques. Voici quelques domaines où les tannins sont importants :
            - Pharmacologie : Les tannins ont été utilisés en médecine traditionnelle pour leurs propriétés astringentes. Ils sont parfois utilisés pour traiter des affections mineures telles que les maux de gorge.
            - Industrie alimentaire : Outre l'œnologie, les tannins peuvent être utilisés comme additifs alimentaires pour leur capacité à stabiliser les couleurs, à améliorer la clarté des jus de fruits et à agir comme antioxydants.
            - Phytoremédiation : Les tannins peuvent être utilisés pour dépolluer les sols contaminés par des métaux lourds, en liant ces métaux et en les rendant moins toxiques.
            - Produits de beauté et de soins de la peau : Les tannins peuvent être présents dans des produits de soins de la peau pour leurs propriétés astringentes, qui peuvent aider à resserrer les pores de la peau.
            - Protection des plantes : Les tannins naturels peuvent être utilisés pour la protection des cultures contre les ravageurs, en agissant comme des agents antialimentaires pour les insectes nuisibles.
            - Teinture : Dans l'art de la teinture, les tannins peuvent être utilisés pour fixer les colorants sur les fibres textiles, améliorant ainsi la durabilité de la teinture.


Annexe 1

Formules de la glycine, de la proline, de l'hydroxyproline :

 

 

GLYCINE

PROLINE

HYDROXYPROLINE

Glycine

Proline

Hydroxyproline


Annexe 2

Flavonoïdes sous forme d'hétérosides.

 

Nous allons donner un exemple de flavonoïde sous forme de glycoside, en l'occurrence de glucoside :

Le malvoside un pigment anthocyanique, diglucoside de la malvidine.MALVOSIDE.gif


Annexe 3  Encre métallo-gallique

Une recette d'encre des années 1790-1800

M. André Margarit me fait parvenir cette recette (qu'il en soit remercié) avec le commentaire suivant :

"Dans un document très ancien 1790 / 1800, un notaire donnait ses recettes pour fabriquer l’encre. L’écriture n’a pas pâli, il savait que les documents ne devaient pas disparaître au cours des ans.

J’ai copié le texte en conservant l’orthographe de l’époque."

 

Pour fabriquer de l’ancre :

-          4 onces galle, 3 livres bon vin rouge, 1once gomme arabique, 1 once allun, 1 once couperose, 2 onces sucre candy si on veut la faire luisante. Faire bouillir le tout ensemble dans un pot neuf de terre à petit feu, jusqu’à réduction par moitié, les 2 onces sucre candy ne doivent y être ajoutées que 4 jours après.

-          Ou : 5 onces 5 gros sucre candi, 5 onces 5 gros noix de galle, 1 once et un quart d’once gomme arabique, 4 onces et trois quarts d’once de couperose verte, demi-gros de vitriol bleu.

Il faut mettre ces drogues dans une bouteille de 3 pintes avec de l’eau de pluie chaude, sans être bouillante. La bouteille sera bouchée au moment même et vous pourrez vous en servir au bout de 3 jours, ayant de secouer la bouteille de temps en temps. Les drogues doivent être pilées et mêlées ensemble. On peut utiliser comme solvant de l’eau commune, bière, vin blanc ou vinaigre 4 bouteilles.

Les drogues :

Alun : sulfate double de potassium et d’aluminium

Couperose verte : sulfate de fer

Vitriol bleu : sulfate de cuivre

Gomme arabique : origine l’acacia

Galle du chêne : riche en tanin

Précisons que l’once pèse de 25 à 34 grammes selon le lieu (Rodez ou Paris).

Ne pas oublier la plume d’oie bien taillée, et la poudre qu’on répand pour sécher une page terminée.

Ecrits anciens rassemblés par Mme Madeleine CAPUS - Institutrice à la retraite – Bournazel en Rouergue ; ouvrage réédité par M. Sébastien UHRIG


Annexe 4 Les prolamines

Une prolamine est une protéine que l'on trouve principalement dans les graines de céréales, en particulier dans les grains de blé, d'orge, de seigle et de maïs. Les prolamines sont riches en acides aminés proline, ce qui leur confère des propriétés particulières, notamment la capacité à former des réseaux de liaisons chimiques robustes, ce qui les rend responsables de l'élasticité de la pâte dans la préparation de produits de boulangerie.
Chaque type de céréale a sa propre prolamine spécifique : par exemple, la gliadine est la prolamine du blé, la sécaline est celle du seigle, et la zeine est celle du maïs. Les prolamines peuvent causer des problèmes chez les personnes atteintes de maladies liées au gluten, comme la maladie cœliaque, car elles sont souvent impliquées dans les réactions immunitaires déclenchées par la consommation de gluten.


Annexe 5 La mucine

La mucine est une glycoprotéine produite par diverses cellules du corps, y compris les cellules épithéliales des muqueuses. Elle est présente dans de nombreuses parties du corps, y compris les voies respiratoires, le système gastro-intestinal, les glandes salivaires, les glandes mammaires, et d'autres endroits où une barrière protectrice est nécessaire.

La mucine est un composant clé du système de défense du corps et de la protection des muqueuses, jouant un rôle crucial dans la santé et la fonction de divers organes et systèmes.
Quelques points  à savoir sur la mucine :
                - Protection des muqueuses : La mucine a un rôle essentiel dans la protection des muqueuses des organes et des voies du corps. Elle forme une couche visqueuse qui piège les particules étrangères, les bactéries et les virus, aidant ainsi à prévenir les infections et à maintenir la santé des tissus.
                - Composition complexe : Les mucines sont des protéines complexes contenant de nombreuses chaînes glucidiques (sucres) liées aux chaînes protéiques. Cette composition complexe leur confère leurs propriétés visqueuses et adhésives.
                - Fonction dans la lubrification : Dans certaines parties du corps, comme les articulations, la salive et le tractus digestif, la mucine joue un rôle dans la lubrification des surfaces, facilitant ainsi les mouvements et les processus de digestion.
                - Implication dans certaines maladies : Des anomalies dans la production ou la composition de la mucine peuvent contribuer à des maladies, y compris des troubles gastro-intestinaux et respiratoires.


Annexe 6 Vieillissement d'un vin

Le vieillissement d'un vin rouge est un processus complexe qui implique de nombreuses réactions chimiques. En voici quelques-unes qui se produisent pendant le vieillissement d'un vin rouge :


                - oxydation : lorsque le vin est exposé à de très petites quantités d'oxygène à travers le bouchon de liège, il subit une oxydation controlée. Cela peut assouplir les tannins du vin et contribuer a l'évolution de la couleur et de la saveur.

                - réduction : dans les premieres étapes du vieillissement, le vin peut passer par des phases de réduction, ou des composés soufrés reagissent avec d'autres composés chimiques, créant des arômes et des saveurs distincts.

                - polymérisation des tanins : les tanins du vin, qui peuvent être astringents dans leur forme initiale, ont tendance à se polymériser pendant le vieillissement, ce qui signifie qu'ils forment de plus grosses molécules. Cela peut adoucir la sensation en bouche et améliorer la structure du vin.

                - évolution des arômes : les réactions chimiques entre les composés volatils du vin conduisent à une évolution des arômes. Les arômes primaires, comme les fruits frais, peuvent évoluer vers des arômes plus complexes, tels que les épices, les fruits secs et le cuir.
                - évolution de la couleur : les anthocyanes, les pigments responsables de la couleur des vins rouges, évoluent au fil du temps, passant d'une teinte violette ou rubis à une couleur plus orangée. Ces anthocyanes sont extraites très rapidement pendant la vinification et leur concentration évolue au cours du vieillissement passant de 100 à 3500 mg/L à la fin de la vinification à quelques dizaines de mg/L après quelques années ; Elles se combinent aux tannins du vin pour former une autre classe de molécules, les pigments polymérisés, qui sont responsables de la couleur des vins vieux.
                - clarification : les particules en suspension dans le vin, comme les levures et les sédiments, ont tendance à se déposer au fond de la bouteille pendant le vieillissement, ce qui clarifie le vin.
                - évolution de la structure : l'acidité, l'alcool et les tanins s'intègrent et contribuent a la structure globale du vin, ce qui peut le rendre plus équilibré et harmonieux.
                - complexification : le vieillissement peut ajouter des couches de complexité aux vins, les rendant plus intéressants et sophistiqués a mesure qu'ils évoluent.
Il est important de noter que le vieillissement ne convient pas à tous les vins rouges. Seuls certains vins dotés de la structure et des caractéristiques appropriées bénéficieront du vieillissement, tandis que d'autres vins destinés à être consommés jeunes sont conçus pour conserver leur fraicheur et leurs arômes primaires.


Annexe 7 Tannins

                - origine naturelle et utilisations des principaux tannins.

Tanin gallique : Trouvé dans les noix, les châtaignes, le thé et diverses plantes.
Tanin catéchique : Présent dans le cacao, le thé vert, les pommes et les raisins.
Tanin ellagique : Trouvé dans les fruits à coque, les baies, les grenades et certaines herbes.
Tanin condensé : Trouvé dans les écorces de chêne, les pommes, les pépins de raisin, le chocolat noir, le vin rouge et certaines boissons alcoolisées.
Tanin acide tannique : Présent dans l'écorce de chêne, le café, le cacao et diverses plantes.
Tanin ellagitannin : Trouvé dans les grenades, les fraises et les noix.

                - Quelques tannins couramment utilisés pour le tannage des peaux

Tanin d'écorce de chêne

Tanin d'écorce de mimosa

Tanin de quebracho (trois espèces d'arbres originaires d'Amérique latine et qui sont riches en tannins)
Tanin de châtaignier
Tanin de chêne-liège
Tanin d'écorce de pin
Tanin d'acacia
Tanin de myrobalan (nom porté par différentes espèces d'arbres tels que Prunus cerasifera.)
Tanin de sumac (une liane de la famille des anacardiacées de son nom scientifique Toxicodendron radicans)
Tanin de saule
Tanin de rhubarbe
Tanin de bouleau
Tanin de gambir (ou gambier, une espèce de plante grimpante ligneuse de la famille des rubiacées)
Tanin de mangrove
Tanin de tara, un arbuste du Pérou (Caesalpina spinosa)
Tanin d'eucalyptus


Annexe 8 Le collagène

Le collagène est une protéine essentielle que l'on trouve abondamment dans les tissus conjonctifs du corps des animaux, y compris celui des hommes. Il joue un rôle crucial dans la résistance et l'élasticité des tissus, tels que la peau, les tendons, les os et les vaisseaux sanguins. Sa structure est complexe.

 

HELICECOLLAGENE

La structure moléculaire du collagène

Le collagène est caractérisé par une triple hélice.

Chaque chaîne de collagène est constituée d'une séquence d'acides aminés répétitive, principalement composée de glycine, de proline et d'hydroxyproline (voir annexe 1). Ces acides aminés forment une structure en triple hélice grâce à des liaisons hydrogène entre les résidus.

Cette triple hélice est essentielle pour la stabilité du collagène ; elle confère une résistance mécanique aux tissus, permettant aux tendons et aux ligaments de supporter des charges importantes, grâce notamment à l'hydroxyproline qui permet la formation de liaisons covalentes entre les chaînes peptidiques voisines par des réactions d'aldolisation.

Fonctions et applications du collagène
En dehors de ses fonctions biologiques, le collagène a des applications industrielles et médicales importantes. Il est couramment utilisé en médecine esthétique pour le comblement des rides et la restauration du volume facial. De plus, il est utilisé dans la fabrication de produits cosmétiques et de suppléments alimentaires pour améliorer la santé de la peau, des cheveux et des ongles.
C'est une protéine essentielle à la fois pour la biologie et l'industrie.


Annexe 9 Les acides chlorogéniques

Les acides chlorogéniques sont des composés phénoliques, esters des acides caféique, férulique et 4-hydroxycinnamique (ou p.coumarique) avec les fonctions alcool de l'acide quinique en 3,4 et 5.

Dans les végétaux, les acides chlorogéniques sont généralement des composés de défense ou des précurseurs de la synthèse de la lignine. Leur présence augmente à la suite d'une blessure des végétaux. Leur nom vient du fait qu'ils deviennent verts par oxydation.

On distingue les acides

                               * 3 ou 4 ou 5-caféylquiniques (3-ACQ, 4-ACQ, 5-ACQ)

Ils sont prépondérants dans les cafés arabica et constituent 86% de l'ensemble des acides chlorogéniques ; le plus abondant étant le 5-ACQ qui représente 61% des acides caféylquiniques.

 

CHLOROGENIQUE1.gif

 

4ACQ

 

 

 

 

5ACQ2

 

 

3-ACQ

4-ACQ

5-ACQ

 

                               * 3 ou 4 ou 5-ferulylquiniques (3afq, 4afq, 5-afq)

 

CHLOROGENIQUE2.gif

 

4AFQ

 

 

 

 

5AFQ2

3-AFQ

4-AFQ

5-AFQ

 

                        *3 ou 4 ou 5-parahydroxycinnamylquiniques (3-ACoQ, 4-ACoQ, 5-ACoQ)

 

CHLOROGENIQUE3.gif

 

4ACoQ

 

 

 

 

5ACoQ2

3-ACoQ

4-ACoQ

5-ACoQ


Annexe 10 Acide cinnamique et stilbène

 

CINNAMIQUE.gif

STILBENE.gif

Acide trans-cinnamique

trans-Stilbène

 


Annexe 11 Monolignols

Ce sont des composés précurseurs de la lignine, un constituant important de la paroi cellulaire des végétaux.

Ce sont des dérivés de l'alcool cinnamique :

CINNAMIQUE1.gif

Les trois monolignols les plus importants sont :

                - L'alcool p.coumarylique :

COUMARYLIQUE1.gif

                - L'alcool coniférylique :

CONIFERYLIQUE1.gif

                - L'alcool sinapylique :

SINAPYLIQUE1.gif


Annexe 12 Voies de biosynthèse des entérolignanes

Les entérolignanes ou lignanes mammaliens (essentiellement l'entérodiol et l'entérolactone), se forment dans l'organisme humain par dégradation de lignanes d'origine végétale apportés par la nourriture, essentiellement le pinorésinol et le matairésinol (que l'on désigne de ce fait par lignanes précurseurs des entérolignanes), dans l'intestin, par action d'enzymes bactériennes.

Parmi les voies de biosynthèse connues on trouve celles répertoriées ci-dessous ; les principales enzymes qui interviennent sont citées près des flèches des réactions :

ENTEROLIGNANES.gif